16 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
description peut paraître étrange au lecteur qui n’est pas familiarisé avec
la vie marine dans les mers tropicales. Il est bien normal qu un environnement aussi différent de celui où nous vivons sur la terre déconcerte ceux
qui n’ont pas encore été initiés a la nouvelle « condition humaine » . la
condition marine.
Dans un livre consacré au monde des coraux il faut commencer par
en décrire les paysages marins, tels que les lecteurs les découvriront un
jour, je l’espère, s’ils ne les connaissent pas déjà. C est un monde de splendeurs, mais il faut d’abord dire qu’en Mer Rouge et dans l’Océan Indien,
c’est un monde animal beaucoup plus que végétal : ces buissons dont je
viens de parler, ces branches qui étendent leurs rameaux dans l’eau bleue
et dont les formes sur la terre évoqueraient des plantes sont dans la mer
des « colonies » animales, des organisations complexes de cellules, de
systèmes digestifs, d’armes minuscules, étroitement associés et dont nous
ne connaissons pas même tous les secrets. Les coraux tuent, mangent, vivent,
et, hélas, ils meurent aussi, nous le verrons. C’est à la découverte de cette
vie collective, fascinante et souvent cruelle, que je voudrais entraîner le
lecteur. La chair vivante des coraux forme dans les mers chaudes de véritables pays que nous visiterons ensemble.
Il faut très longtemps pour les connaître et ils ne sont jamais tout à fait
pareils.
En Mer Rouge, le premier de ces pays marins, j’ai beaucoup de
souvenirs auxquels sont mêlés des découvertes, des animaux de toutes
espèces, des requins surtout et des amis : mes plus anciens compagnons,
Pierre Drach Professeur à la Sorbonne et plongeur et aussi Frédéric Dumas
qui, depuis lors, a fait de très intéressants travaux d’archéologie sous-marine
en Méditerranée et qui s’est joint à nous cette fois encore.
Lorsque nous sommes venus ici pour la première fois, il y a 16 ans,
je me rappelle qu’un requin particulièrement gros s’est approché de Pierre
Drach. J’étais au moins à 10 mètres de lui. J’ai crié dans l’embout de mon
scaphandre... Drach est l’un de nos plus grands zoologistes. Lorsqu’il travaille
dans son laboratoire ou à — 40 mètres de fond, il n’aime pas être dérangé,
même par un requin. Je lui ai frappé sur l’épaule. Le requin était toujours là,
effleurant les palmes de notre ami et visiblement tenté par la gourmandise.
Drach 1 a regardé, il a haussé les épaules et il a repris son examen d’une
plaque de Bryozoaires*. Devant une telle indifférence le requin a fait
demi-tour et découragé il est parti s’enfoncer dans la profondeur bleu
sombre.
C est au cours de cette plongée que nous sommes descendus assez bas
pour frôler cet état de semi-inconscience bien connu des plongeurs et qu’on
description peut paraître étrange au lecteur qui n’est pas familiarisé avec
la vie marine dans les mers tropicales. Il est bien normal qu un environnement aussi différent de celui où nous vivons sur la terre déconcerte ceux
qui n’ont pas encore été initiés a la nouvelle « condition humaine » . la
condition marine.
Dans un livre consacré au monde des coraux il faut commencer par
en décrire les paysages marins, tels que les lecteurs les découvriront un
jour, je l’espère, s’ils ne les connaissent pas déjà. C est un monde de splendeurs, mais il faut d’abord dire qu’en Mer Rouge et dans l’Océan Indien,
c’est un monde animal beaucoup plus que végétal : ces buissons dont je
viens de parler, ces branches qui étendent leurs rameaux dans l’eau bleue
et dont les formes sur la terre évoqueraient des plantes sont dans la mer
des « colonies » animales, des organisations complexes de cellules, de
systèmes digestifs, d’armes minuscules, étroitement associés et dont nous
ne connaissons pas même tous les secrets. Les coraux tuent, mangent, vivent,
et, hélas, ils meurent aussi, nous le verrons. C’est à la découverte de cette
vie collective, fascinante et souvent cruelle, que je voudrais entraîner le
lecteur. La chair vivante des coraux forme dans les mers chaudes de véritables pays que nous visiterons ensemble.
Il faut très longtemps pour les connaître et ils ne sont jamais tout à fait
pareils.
En Mer Rouge, le premier de ces pays marins, j’ai beaucoup de
souvenirs auxquels sont mêlés des découvertes, des animaux de toutes
espèces, des requins surtout et des amis : mes plus anciens compagnons,
Pierre Drach Professeur à la Sorbonne et plongeur et aussi Frédéric Dumas
qui, depuis lors, a fait de très intéressants travaux d’archéologie sous-marine
en Méditerranée et qui s’est joint à nous cette fois encore.
Lorsque nous sommes venus ici pour la première fois, il y a 16 ans,
je me rappelle qu’un requin particulièrement gros s’est approché de Pierre
Drach. J’étais au moins à 10 mètres de lui. J’ai crié dans l’embout de mon
scaphandre... Drach est l’un de nos plus grands zoologistes. Lorsqu’il travaille
dans son laboratoire ou à — 40 mètres de fond, il n’aime pas être dérangé,
même par un requin. Je lui ai frappé sur l’épaule. Le requin était toujours là,
effleurant les palmes de notre ami et visiblement tenté par la gourmandise.
Drach 1 a regardé, il a haussé les épaules et il a repris son examen d’une
plaque de Bryozoaires*. Devant une telle indifférence le requin a fait
demi-tour et découragé il est parti s’enfoncer dans la profondeur bleu
sombre.
C est au cours de cette plongée que nous sommes descendus assez bas
pour frôler cet état de semi-inconscience bien connu des plongeurs et qu’on
