114 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
comme des aigles de mer qui dans le soleil secouent leurs ailes et font
tomber les gouttes d’eau qu’ils ont gardées dans leurs plumes en plongeant
pour pêcher. Le frémissement des ailes des raies sème dans la mer des
points dorés qui sont des grains de sable.
L’équipe me rapporte la nouvelle que je redoutais : à Mar Mar, les
coraux sont beaucoup moins éclatants, beaucoup moins riches que lors de
nos précédentes visites. Je débarque à mon tour et je me mets à l’eau pour
me rendre compte par moi-même de l’ampleur des dégâts. Je repère en effet
des zones importantes de corail mort.
Le récif a commencé d’entrer dans une lente agonie. Quelle en est
la cause ? Dans cet archipel des Farsan, je crois qu’elle n’est guère douteuse : la pollution n’est que trop visible.
Pour aborder chacun de ces îlots déserts, perdus, hors des grandes
routes maritimes, il faut parfois franchir une ligne immonde de détritus
flottant sur la mer : des bouteilles, des bidons, des emballages de plastique
et le plus souvent tout cela est maculé de mazout. L’homme a fait de la
mer une poubelle. Mais c’est une poubelle où les immondices se déplacent.
Toutes les saletés jetées par-dessus bord par les paquebots et par les
pétroliers sont entraînées par les courants et viennent s’échouer sur ces îles
de corail. Cette frange infecte qui cerne le corail et l’empoisonne reste là.
Elle n’est pas entraînée au large parce que la Mer Rouge est une mer
fermée.
Des poissons qui broutent
Pendant que se déroule cette exploration de Mar Mar, personne ne
reste inactif à bord de la Calypso. Sur un autre récif, moins menacé par
la civilisation, parce que mieux protégé au cœur de l’archipel, les cinéastes
sont au travail. Ils se consacrent aux poissons bosse. Ce sont de gros
poissons perroquets, mais avec une étrange bosse sur la tête. Ils sont bleus
et verts avec un museau proéminent que termine un véritable bec de
perroquet. J’ai déjà parlé de ces mangeurs de corail qui broutent le récif,
se nourrissent de la chair infime des polypes et rejettent les déchets sous
forme de nuages de sable qui leur sortent de l’anus.
L’opération est très spectaculaire et les poissons bosse sont des acteurs
assez complaisants. Pendant deux jours Bébert, Bonnici et Raymond les
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