PIEGES DE CORAIL 107
où la passerelle, les mâts sont boursouflés d’excroissances calcaires. Des
mollusques se sont fixés un peu partout. Il y a un assez grand nombre
d’huîtres perlières. Mais les plongeurs qui en ont ramené quelques-unes
et les ouvrent sur la Calypso n’y trouvent pas la moindre perle. Pour moi
le spectacle de ce grand navire prisonnier au fond, maçonné par la vie des
animaux marins, m’a suffisamment « enchanté ». Je ne souhaite pas que la
mer me donne en plus la moindre perle.
Nous avons déjà vu, mes camarades et moi, beaucoup d’épaves en
30 ans, aussi bien en Méditerranée, où elles semblent prises dans la brume
et où les ferrailles coupantes sont souvent nues, que dans les mers coralliennes
où elles paraissent écrasées, reconquises par la vitalité de la mer. J’éprouve
toujours la même émotion en voyant apparaître sur le fond la silhouette
d’une épave entrée dans une survie secrète. C’est l’au-delà des navires.
Une visite solennelle aux ombres. Les bateaux morts ne s’enfoncent pas dans
le néant.
Un haut fond énigmatique
Le programme que nous avons tracé comporte notamment la recherche
au sondeur d’un haut fond marqué sur les cartes à 21 milles au 330 de l’île
volcanique de Djebel Teïr. Ce haut fond serait à 33 mètres. C’est en fait
une île dans le même genre que Djebel Teïr, mais qui n’a pas émergé.
Nous attendons un moment car le sondeur est en avarie. Marcelin,
vexé, le dépanne. Pendant ce temps, « l’oncle » (1), touchant de confiance
dans les indications conjuguées de la carte et du radar, nous place top et
dit : « Sondons à la main. S’il y a 33 mètres, on mouille. »
Je le laisse faire. 35 mètres de ligne ne touchent évidemment pas le
fond. Mais le plus drôle est que le sondeur se met à marcher et qu’il n’y a
que 45 mètres d’eau, alors que la profondeur est de 1.200 mètres tout
autour. Nous étions presque sur le sommet immergé.
Je fais mouiller une bouée et je fais sonder au voisinage. Pas de haut
fond de 33 mètres, mais un plateau long et étroit, très uniforme, à 42 mètres.
Je mouille par l’arrière, tout près de l’arête Nord de cet éperon orienté
Nord-Sud. En fait le sommet de cette dorsale est nivelé. C’est un Guyot*
(1) C’est un de nos camarades que nous avons surnommé ainsi. Il s appelle en réalité
Jean-Philippe Adrien Plé.
où la passerelle, les mâts sont boursouflés d’excroissances calcaires. Des
mollusques se sont fixés un peu partout. Il y a un assez grand nombre
d’huîtres perlières. Mais les plongeurs qui en ont ramené quelques-unes
et les ouvrent sur la Calypso n’y trouvent pas la moindre perle. Pour moi
le spectacle de ce grand navire prisonnier au fond, maçonné par la vie des
animaux marins, m’a suffisamment « enchanté ». Je ne souhaite pas que la
mer me donne en plus la moindre perle.
Nous avons déjà vu, mes camarades et moi, beaucoup d’épaves en
30 ans, aussi bien en Méditerranée, où elles semblent prises dans la brume
et où les ferrailles coupantes sont souvent nues, que dans les mers coralliennes
où elles paraissent écrasées, reconquises par la vitalité de la mer. J’éprouve
toujours la même émotion en voyant apparaître sur le fond la silhouette
d’une épave entrée dans une survie secrète. C’est l’au-delà des navires.
Une visite solennelle aux ombres. Les bateaux morts ne s’enfoncent pas dans
le néant.
Un haut fond énigmatique
Le programme que nous avons tracé comporte notamment la recherche
au sondeur d’un haut fond marqué sur les cartes à 21 milles au 330 de l’île
volcanique de Djebel Teïr. Ce haut fond serait à 33 mètres. C’est en fait
une île dans le même genre que Djebel Teïr, mais qui n’a pas émergé.
Nous attendons un moment car le sondeur est en avarie. Marcelin,
vexé, le dépanne. Pendant ce temps, « l’oncle » (1), touchant de confiance
dans les indications conjuguées de la carte et du radar, nous place top et
dit : « Sondons à la main. S’il y a 33 mètres, on mouille. »
Je le laisse faire. 35 mètres de ligne ne touchent évidemment pas le
fond. Mais le plus drôle est que le sondeur se met à marcher et qu’il n’y a
que 45 mètres d’eau, alors que la profondeur est de 1.200 mètres tout
autour. Nous étions presque sur le sommet immergé.
Je fais mouiller une bouée et je fais sonder au voisinage. Pas de haut
fond de 33 mètres, mais un plateau long et étroit, très uniforme, à 42 mètres.
Je mouille par l’arrière, tout près de l’arête Nord de cet éperon orienté
Nord-Sud. En fait le sommet de cette dorsale est nivelé. C’est un Guyot*
(1) C’est un de nos camarades que nous avons surnommé ainsi. Il s appelle en réalité
Jean-Philippe Adrien Plé.
