106 LA VIE ET LA MORT DES CORAUX
orienté Nord-Sud et qui s’étend sur des milles de long. Les Madrépores qui
grandissent ainsi le long du rivage forment ce que l’on appelle un « récif
frangeant ». A faible profondeur se constitue également tout au bord de
la côte une plate-forme corallienne : le « platier ».
En Mer Rouge, le « récif frangeant » est doublé à une certaine distance
par une autre construction parallèle : c’est le « récif barrière ».
La navigation dans laquelle nous allons nous engager maintenant à
travers cette double ligne de récifs n’est pas à conseiller à tout le monde
et je crois qu’aucun commandant de navire raisonnable n’accepterait de s’y
hasarder, mais c’est justement notre rôle de faire ce que les autres ne font
pas. Si nous voulons explorer le monde des coraux, il faut bien prendre
certains risques et évoluer parmi ces écueils où à tout instant la Calypso
risque de talonner sur une pointe de corail. D’ailleurs ce genre de navigation n’est pas nouveau pour moi : voilà seize ans que j’en fais l’expérience.
Du reste, pourquoi ne pas l’avouer, je ne déteste pas engager la
Calypso dans cette succession de couloirs qui se développent en zigzag
et finissent souvent en cul-de-sac. Les Archipels des Far San et des Suakin
sont vraiment des pièges à bateaux. Mais la Calypso nous a donné à tout
instant des preuves de ses qualités manœuvrières. Les cartes ne servent à
rien : on y trouve surtout de grands blancs peu rassurants et la moindre
erreur peut nous envoyer sur un pâté de corail. Notre bateau est solide,
mais quand même...
Nous pénétrons dans la Mer Rouge le 27 mai. Désormais nous ne
craignons plus rien de la mousson.
Je veux commencer notre voyage en Mer Rouge en plongeant sur des
épaves. J’en connais déjà beaucoup, mais je ne me lasse pas de les visiter.
Certaines sont bien repérées sur la carte. Nous en avons aussi découvert
d’autres au cours de nos précédents voyages. Ce qui fait leur intérêt c’est
qu’elles sont toujours le centre d’une vie animale intense. Cela s’explique
aisément : elles offrent un abri aux poissons et un support aux animaux
fixés. Dans ces mers particulièrement riches, il n’y a guère de problèmes
de nourriture, mais en revanche il y a des problèmes de place et d’abri.
Les épaves sous les tropiques sont des présentoirs de la vie : de véritables
oasis. Cette richesse est encore plus sensible dans les mers chaudes. Là
le corail travestit les vieilles épaves, les habille, en fait un effarant complexe
de chair vivante et de métal.
C’est dans un véritable enthousiasme que nous passons la journée
sur les trois épaves de la pointe Est de l’Ile Djebel Zukur. Nous filmons la
plus belle qui est complètement pillée, mais qui est couverte de coraux et
habitée par de nombreux poissons multicolores. C’est un vaisseau fantôme
orienté Nord-Sud et qui s’étend sur des milles de long. Les Madrépores qui
grandissent ainsi le long du rivage forment ce que l’on appelle un « récif
frangeant ». A faible profondeur se constitue également tout au bord de
la côte une plate-forme corallienne : le « platier ».
En Mer Rouge, le « récif frangeant » est doublé à une certaine distance
par une autre construction parallèle : c’est le « récif barrière ».
La navigation dans laquelle nous allons nous engager maintenant à
travers cette double ligne de récifs n’est pas à conseiller à tout le monde
et je crois qu’aucun commandant de navire raisonnable n’accepterait de s’y
hasarder, mais c’est justement notre rôle de faire ce que les autres ne font
pas. Si nous voulons explorer le monde des coraux, il faut bien prendre
certains risques et évoluer parmi ces écueils où à tout instant la Calypso
risque de talonner sur une pointe de corail. D’ailleurs ce genre de navigation n’est pas nouveau pour moi : voilà seize ans que j’en fais l’expérience.
Du reste, pourquoi ne pas l’avouer, je ne déteste pas engager la
Calypso dans cette succession de couloirs qui se développent en zigzag
et finissent souvent en cul-de-sac. Les Archipels des Far San et des Suakin
sont vraiment des pièges à bateaux. Mais la Calypso nous a donné à tout
instant des preuves de ses qualités manœuvrières. Les cartes ne servent à
rien : on y trouve surtout de grands blancs peu rassurants et la moindre
erreur peut nous envoyer sur un pâté de corail. Notre bateau est solide,
mais quand même...
Nous pénétrons dans la Mer Rouge le 27 mai. Désormais nous ne
craignons plus rien de la mousson.
Je veux commencer notre voyage en Mer Rouge en plongeant sur des
épaves. J’en connais déjà beaucoup, mais je ne me lasse pas de les visiter.
Certaines sont bien repérées sur la carte. Nous en avons aussi découvert
d’autres au cours de nos précédents voyages. Ce qui fait leur intérêt c’est
qu’elles sont toujours le centre d’une vie animale intense. Cela s’explique
aisément : elles offrent un abri aux poissons et un support aux animaux
fixés. Dans ces mers particulièrement riches, il n’y a guère de problèmes
de nourriture, mais en revanche il y a des problèmes de place et d’abri.
Les épaves sous les tropiques sont des présentoirs de la vie : de véritables
oasis. Cette richesse est encore plus sensible dans les mers chaudes. Là
le corail travestit les vieilles épaves, les habille, en fait un effarant complexe
de chair vivante et de métal.
C’est dans un véritable enthousiasme que nous passons la journée
sur les trois épaves de la pointe Est de l’Ile Djebel Zukur. Nous filmons la
plus belle qui est complètement pillée, mais qui est couverte de coraux et
habitée par de nombreux poissons multicolores. C’est un vaisseau fantôme
