94 COMPAGNONS DE PLONGEE
encore assez nombreux pour assurer la survivance de l’espèce, mais la
difficulté était d’en faire le recensement, en mer ils ne se laissent pas facilement voir ; en plongée ils peuvent cesser de respirer pendant 8 ou 10 minutes.
Il leur arrive de descendre à 300 mètres de fond et de faire surface à plus
d’un mille de distance. Sur terre, ils sont à la merci de l’homme, mais dans
l’eau ils sont pratiquement hors d’atteinte. Ils sont magnifiquement taillés
pour la vie dans les mers. A la différence des baleines qui ont une seule
queue horizontale, les éléphants de mer ont deux membres postérieurs
modifiés qui travaillent latéralement. Cette double « nageoire » agit comme
la queue d’un poisson, par battements latéraux, les nageoires avant assurent,
sans effort, les évolutions très souples de cette masse de chair.
Aucun de nous n’avait passé suffisamment longtemps au milieu d’eux
pour observer leurs mœurs et découvrir, derrière leur aspect assez rébarbatif,
l’originalité que je leur prêtais, et qui n’était encore qu’une affaire d’intuition.
Je savais que l’île de Guadalupe était restée, à la saison des amours,
leur principal lieu de rassemblement. J’ai décidé d’y envoyer une première
mission de reconnaissance, mais il fallait faire vite. Ces éléphants, dont
l’appellation scientifique est Mirounga angustirostris, ne viennent à terre que
pour s’accoupler, et les mères pour mettre bas. Dès mars ou avril, je savais
qu’ils reprendraient la mer pour sept mois au moins, car ce sont des nomades
qui parcourent l’océan pendant plus de la moitié de l’année, sans jamais
se reposer.
Comme des boxeurs
Une de nos équipes, celle du Polaris (un bateau que nous avions affrété)
avait déjà approché les éléphants de mer du Pacifique. En accompagnant
les baleines grises dans leur migration jusqu’aux lagons de Basse Californie
au Mexique, nos camarades du Polaris avaient eu l’occasion de débarquer
— par très mauvais temps — sur une petite île située à quelques heures
de route de San Diego : l’île San Benito. Ils avaient été stupéfaits en
voyant se dresser devant eux, de toute leur masse, ces animaux de plus de
deux tonnes qui, en meuglant, fixaient sur eux leurs gros yeux saillants, et
balançaient leur tête monstrueuse comme des boxeurs au début d’un combat.
L’animal était laid, mais il méritait considération, ne serait-ce que par
le courage avec lequel il faisait face aux intrus qui le photographiaient.
Le récit de nos camarades me poussa à monter d’urgence une expédition, non pas à l’île San Benito, mais à celle de Guadalupe, où ces animaux
encore assez nombreux pour assurer la survivance de l’espèce, mais la
difficulté était d’en faire le recensement, en mer ils ne se laissent pas facilement voir ; en plongée ils peuvent cesser de respirer pendant 8 ou 10 minutes.
Il leur arrive de descendre à 300 mètres de fond et de faire surface à plus
d’un mille de distance. Sur terre, ils sont à la merci de l’homme, mais dans
l’eau ils sont pratiquement hors d’atteinte. Ils sont magnifiquement taillés
pour la vie dans les mers. A la différence des baleines qui ont une seule
queue horizontale, les éléphants de mer ont deux membres postérieurs
modifiés qui travaillent latéralement. Cette double « nageoire » agit comme
la queue d’un poisson, par battements latéraux, les nageoires avant assurent,
sans effort, les évolutions très souples de cette masse de chair.
Aucun de nous n’avait passé suffisamment longtemps au milieu d’eux
pour observer leurs mœurs et découvrir, derrière leur aspect assez rébarbatif,
l’originalité que je leur prêtais, et qui n’était encore qu’une affaire d’intuition.
Je savais que l’île de Guadalupe était restée, à la saison des amours,
leur principal lieu de rassemblement. J’ai décidé d’y envoyer une première
mission de reconnaissance, mais il fallait faire vite. Ces éléphants, dont
l’appellation scientifique est Mirounga angustirostris, ne viennent à terre que
pour s’accoupler, et les mères pour mettre bas. Dès mars ou avril, je savais
qu’ils reprendraient la mer pour sept mois au moins, car ce sont des nomades
qui parcourent l’océan pendant plus de la moitié de l’année, sans jamais
se reposer.
Comme des boxeurs
Une de nos équipes, celle du Polaris (un bateau que nous avions affrété)
avait déjà approché les éléphants de mer du Pacifique. En accompagnant
les baleines grises dans leur migration jusqu’aux lagons de Basse Californie
au Mexique, nos camarades du Polaris avaient eu l’occasion de débarquer
— par très mauvais temps — sur une petite île située à quelques heures
de route de San Diego : l’île San Benito. Ils avaient été stupéfaits en
voyant se dresser devant eux, de toute leur masse, ces animaux de plus de
deux tonnes qui, en meuglant, fixaient sur eux leurs gros yeux saillants, et
balançaient leur tête monstrueuse comme des boxeurs au début d’un combat.
L’animal était laid, mais il méritait considération, ne serait-ce que par
le courage avec lequel il faisait face aux intrus qui le photographiaient.
Le récit de nos camarades me poussa à monter d’urgence une expédition, non pas à l’île San Benito, mais à celle de Guadalupe, où ces animaux
