70 COMPAGNONS DE PLONGEE
Ce n’est pas très noble de ficeler ainsi un phoque qui n’a pas pu
résister à son instinct et à l’appel de la mer, mais si Christobald s’était
évadé, encombré de son harnais et de sa laisse, à des milliers de kilomètres
de son île natale, il n’avait aucune chance de survivre.
Un jour, nous lui rendrons la liberté, j’y suis bien résolu, mais dans
des conditions telles qu’il puisse retrouver une vie normale.
Tandis que je regarde Christobald revenir en chaland vers la Calypso,
Falco a le pressentiment qu’il n’a pas essayé vraiment de nous quitter, mais
qu’il a été surexcité par l’espoir de retrouver, enfin, cette mer qu’il voit sans
cesse sans qu’on lui permette d’y plonger. Bébert croit que nous pouvons
lui faire plus de confiance que nous ne le pensons.
Pepito, dont Raymond Coll est très fier, se borne à flairer l’eau. Il se
promène tranquillement en laisse, le long de la plage.
L’enclos
23 mai. Au lever du jour, la Calypso arrive en vue des Tobago Cayes.
Nous cherchons une crique favorable pour la première plongée de
Pepito et de Christobald. En zodiac, nous tournons autour de plusieurs
îlots, et nous finissons par choisir une anse rocheuse déserte, où la profondeur atteint une quinzaine de mètres et où les fonds de coraux m’ont paru
très beaux : grandes gorgones mauves, cornes de cerf dorées, poissons
multicolores.
Toute la matinée, une équipe est à l’œuvre pour fermer cette crique
par un filet solidement amarré. Ainsi, les premiers ébats dans la mer ne
risquent pas de se terminer par une évasion catastrophique.
Au début de l’après-midi, les filets sont tendus et l’enclos est prêt. Les
plongeurs ont pour instruction d’habituer les deux animaux à leur nouveau
domaine. Nous verrons par la suite si nous pouvons enlever le filet sans
qu’ils s’échappent. Les deux otaries sont embarquées sur l’avant des chalands. Pepito, caressé par Coll est parfaitement calme, mais Christobald,
dont Falco a pris la responsabilité, s’agite et aboie continuellement. C’est
un braillard et un nerveux, mais il est doué d’une belle vitalité qui, au fond,
m'enchante.
Tout en observant la scène, je me demande si nous n’exigeons pas
trop de nos amis marins, qui ont le droit de revendiquer leur liberté, même
en aboyant sur ce ton aigu qui nous vrille les oreilles.
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