48 COMPAGNONS DE PLONGEE
Premier rendez-vous
Il nous faut quinze jours pour atteindre notre première escale, SainteHélène. Par chance, nous avons un temps magnifique. Je voudrais que les
otaries soient assez apprivoisées pour sortir de leur enclos et se promener
à travers le bateau, simplement sous surveillance. Je pense que le moment
est venu de procéder à un rapprochement progressif et calculé entre les
hommes et les otaries. C’est peut-être beaucoup demander à des animaux
encore prêts à mordre. Et c’est même demander encore plus à tous ceux
qui sont à bord et qui risquent de passer au rang de victimes.
Si la phase de crainte semble passée chez les otaries, nous n’en sommes
pas encore à l’heure de la coopération.
A la période tapageuse succède maintenant une phase léthargique. Plus
de baignades dans le bassin, sieste à outrance. Indifférence totale à ce qui
se passe. Pepito, au soleil, passe de longs moments à faire sa toilette.
A noter que Pepito accepte parfois nos caresses sans rebuffades.
Le 24, nous avons aménagé sur la plage arrière un vaste enclos à l’aide
d’un filet. De ce fait, les animaux ont directement accès à un plus grand
espace.
On les sort le matin pour les mettre dans l’enclos, mais comme la
clôture n’est pas tout à fait sûre, chaque soir, on les rentre dans les cages.
Cela devrait nous permettre d’isoler chacun d’eux pendant les repas,
délivrant ainsi Pepito de l’influence néfaste de Christobald.
Le 31 mars, Michel Bernard, équipé de gants de crin, de bottes et de
cuissards que nous avons fait fabriquer à Capetown, affronte Christobald.
Il ne s’agit pas d’entreprendre un dressage, mais tout simplement d’obtenir
qu’il consente à se laisser caresser et renonce à ses démonstrations agressives.
Il est probablement un peu plus âgé que Pepito. Il a connu plus longtemps la liberté et il est trop grand pour rechercher le contact avec l’homme
que souhaitent spontanément les animaux orphelins. Il a au moins un an.
En dépit de son tempérament hostile, nous sommes décidés à l’entourer de
notre affection pour obtenir la sienne.
Cette première prise de contact se termine par un match nul. Michel
Bernard a réussi à tapoter les flancs de Christobald, et est même parvenu à
lui passer la main sur la tête. Mais Christobald a réussi à arracher le haut
d’un gant, et a attrapé une cheville heureusement bien protégée par la
jambière de cuir. L’armure n’était pas inutile.
Pepito se montre beaucoup plus affectueux avec Raymond Coll. On
voit bien, de temps à autre, luire les petites dents pointues. Mais Raymond
lui parle. Il le calme, le caresse. Il est certain que la voix humaine a une
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