DES FOUS, DES MANCHOTS ET DES OTARIES 41
leur aventure. Il faut se méfier des coups de dents qu’ils distribuent sans
préavis. Nous n’avons pas encore beaucoup le temps de nous préoccuper
des conditions psychologiques de leur apprivoisement, et nous sommes prêts
à profiter de tous les conseils.
Jean-Michel, alerté par radio, prétend nous avoir trouvé le spécialiste
idéal qui se qualifie « d’éleveur-dresseur expert en otaries ». Il arrive à bord,
accompagné d’un matériel bizarre. C’est une boîte rectangulaire, dont l’un
des côtés est à claire-voie, et l’autre percé d’un trou circulaire pour bloquer
la tête des otaries. Il suffit, paraît-il, d’enfoncer de force un poisson dans
la gueule de la captive.
On a toujours tendance à écouter les spécialistes. Nous aimerions
recueillir de celui-là des renseignements vitaux concernant les soins à donner
aux otaries, mais ce bourreau moyenâgeux n’a à offrir que son instrument
de torture. Toute l’équipe, rassemblée sur la plage arrière, contemple la
boîte avec consternation.
Les otaries, elles aussi, semblent avoir compris. Elles s’agitent, inquiètes.
C’est Bébert qui prend alors superbement la tête des opérations.
— Monsieur, dit-il, nous allons tenter de faire autrement.
Il se met à l’eau, attrape quelques sars*, ou, en tout cas, des poissons
d’une espèce voisine, les ramène vivants et les tend aux otaries, qui les
avalent. Le dresseur-éleveur expert n’en croit pas ses yeux. Il approuve, et
avoue que c’est une méthode à laquelle il n’a pas songé.
Bonnici part à son tour à la pêche et les otaries, qui décidément aiment
les sars, consentent à manger.
Le 18 et le 19 mars sont consacrés à assurer leur installation sur la
plage arrière de la Calypso. Nous achetons une piscine bleue en plastique.
Dominique Sumian construit un bâti de bois qui la maintiendra en place.
Les cages antirequins s’ouvrent directement sur la piscine, entourée d’un
filet pour éviter les évasions.
Le bassin ainsi aménagé est rempli avec la manche à eau, et les deux
otaries s’y plongent avec joie, évoluant en tous sens, tournant sur ellesmêmes, faisant des bonds qui éclaboussent toute la plage arrière.
Michel Bernard intervient alors pour nettoyer nos pensionnaires avec
la lance et le balai-brosse. Les animaux semblent enchantés d’être lavés,
frottés. Ils y prennent un plaisir évident. Chacun d’eux est confié à la
responsabilité d’un plongeur. Michel Bernard est chargé du plus gros,
le gris, déjà baptisé Christobald et Raymond Coll qui a une indéniable
sympathie pour le plus jeune qu’il a prénommé Pepito, prendra soin de lui.
C’est le début d’une véritable amitié. L’aventure sentimentale commence.
J’ai pensé qu’à force de soins et d’affection, deux mammifères pou-
leur aventure. Il faut se méfier des coups de dents qu’ils distribuent sans
préavis. Nous n’avons pas encore beaucoup le temps de nous préoccuper
des conditions psychologiques de leur apprivoisement, et nous sommes prêts
à profiter de tous les conseils.
Jean-Michel, alerté par radio, prétend nous avoir trouvé le spécialiste
idéal qui se qualifie « d’éleveur-dresseur expert en otaries ». Il arrive à bord,
accompagné d’un matériel bizarre. C’est une boîte rectangulaire, dont l’un
des côtés est à claire-voie, et l’autre percé d’un trou circulaire pour bloquer
la tête des otaries. Il suffit, paraît-il, d’enfoncer de force un poisson dans
la gueule de la captive.
On a toujours tendance à écouter les spécialistes. Nous aimerions
recueillir de celui-là des renseignements vitaux concernant les soins à donner
aux otaries, mais ce bourreau moyenâgeux n’a à offrir que son instrument
de torture. Toute l’équipe, rassemblée sur la plage arrière, contemple la
boîte avec consternation.
Les otaries, elles aussi, semblent avoir compris. Elles s’agitent, inquiètes.
C’est Bébert qui prend alors superbement la tête des opérations.
— Monsieur, dit-il, nous allons tenter de faire autrement.
Il se met à l’eau, attrape quelques sars*, ou, en tout cas, des poissons
d’une espèce voisine, les ramène vivants et les tend aux otaries, qui les
avalent. Le dresseur-éleveur expert n’en croit pas ses yeux. Il approuve, et
avoue que c’est une méthode à laquelle il n’a pas songé.
Bonnici part à son tour à la pêche et les otaries, qui décidément aiment
les sars, consentent à manger.
Le 18 et le 19 mars sont consacrés à assurer leur installation sur la
plage arrière de la Calypso. Nous achetons une piscine bleue en plastique.
Dominique Sumian construit un bâti de bois qui la maintiendra en place.
Les cages antirequins s’ouvrent directement sur la piscine, entourée d’un
filet pour éviter les évasions.
Le bassin ainsi aménagé est rempli avec la manche à eau, et les deux
otaries s’y plongent avec joie, évoluant en tous sens, tournant sur ellesmêmes, faisant des bonds qui éclaboussent toute la plage arrière.
Michel Bernard intervient alors pour nettoyer nos pensionnaires avec
la lance et le balai-brosse. Les animaux semblent enchantés d’être lavés,
frottés. Ils y prennent un plaisir évident. Chacun d’eux est confié à la
responsabilité d’un plongeur. Michel Bernard est chargé du plus gros,
le gris, déjà baptisé Christobald et Raymond Coll qui a une indéniable
sympathie pour le plus jeune qu’il a prénommé Pepito, prendra soin de lui.
C’est le début d’une véritable amitié. L’aventure sentimentale commence.
J’ai pensé qu’à force de soins et d’affection, deux mammifères pou-
