36 COMPAGNONS DE PLONGEE
A partir du moment où l’on admet que des otaries peuvent s’associer
à certaines entreprises humaines (si on l’admet moralement, ce qui n’est pas
évident), il est certain que, sur le plan pratique, on peut attendre d’elles un
grand nombre de services. A cette époque, je songeais notamment que nous
avions échoué dans notre exploration de la fontaine de Vaucluse* et échoué
trois fois. En allant chaque fois un peu plus profond, et la troisième fois en
utilisant, pour descendre plus bas encore que nous, un engin spécial, une
caméra télécommandée, le Télénaute. Cet appareil s’était arrêté à 120 mètres.
Mais nous restions convaincus que le gouffre s’enfonçait encore plus loin.
Je pensais qu’une otarie aurait pu y pénétrer mieux qu’un dauphin, parce
qu’elle est plus souple, plus habituée à évoluer dans des défilés où un
dauphin s’écorcherait la peau, s’affolerait. Est-ce qu’une otarie n’aurait pas
pu descendre en emportant avec elle, attachée sur son dos, une caméra
automatique ? Elle nous aurait rapporté des indications précieuses sur ces
dédales obscurs qui dépassent les possibilités de la pénétration humaine.
Après avoir bien pesé ma décision, je donne l’ordre de mettre le cap
sur Seal Island, l’île aux otaries. Nous essaierons d’en capturer deux, sans
les brutaliser, et, si possible, sans les effrayer. J’ai donné aux plongeurs des
instructions détaillées à ce sujet. Ce n’en est pas moins, pour moi, une
décision tout à fait exceptionnelle, et je ne me dissimule pas ce qu’elle peut
avoir d’un peu cruel.
A 14 heures, nous mouillons au voisinage de l’île sur laquelle la mer
brise avec violence. A la jumelle, je vois les rochers couverts de la masse
brune ou rousse des otaries, et toutes les petites têtes rondes qui se dressent
au soleil.
16 heures : un premier chaland pousse avec deux cinéastes, qu’accompagnent Sumian et Orner, puis le zodiac part avec Bébert, Raymond, Deloire,
Christian, enfin le deuxième chaland avec Laban, Maurice et René Haon.
On voit que nous avons mobilisé beaucoup de monde, pour essayer
d’obtenir au plus vite le maximum de résultats.
J’espère que nous pouvons encore disposer de quelques jours pour
tourner plusieurs bobines, et filmer la capture elle-même. Le film sera
poursuivi à bord, durant la traversée de l’Atlantique. Nous aurons, ainsi,
un document très complet.
Le chaland est durement secoué par les lames. Le zodiac s’engage dans
le ressac très violent, qui entoure l’île. Le passage est assez mouvementé
parmi les rochers. Bébert tente de débarquer à la pointe nord-est, où il y a
de grandes dalles plates. Mais elles sont glissantes et recouvertes d’algues.
Les lames sont très fortes. Michel Deloire saute, se reçoit mal, pousse un
cri et s’effondre. Il semble s’être assez gravement blessé au pied droit. On
Précédent

- 37/307

Suivant