DES FOUS. DES MANCHOTS ET DES OTARIES 27
L'épave aux algues
Nous nous dirigeons ensuite sur une épave que nous a indiquée un ami
plongeur de Capetown : Gary Haselau.
C'est un navire qui date au moins de la guerre de 1914, le Maori. Il
est entièrement envahi par les kelps, enfoui dans une masse végétale qui a
poussé sur lui et qui monte vers la surface comme les arbres d’une forêt.
Quand on arrive au-dessus, l’effet est fantastique.
Des langoustes en ont fait leur domaine. Les plongeurs croient apercevoir des lamproies*. En écartant les kelps, Christian Bonnici et Raymond
Coll entreprennent une visite plus détaillée du vieux bateau. Ils découvrent
des bouteilles empilées, bouchées, et ils les remontent à bord de la Calypso.
Nous faisons sauter quelques bouchons, et tout le monde — moi compris
— goûte avec circonspection ce breuvage qui a séjourné quelque 60 ans
dans la mer. Ce n’est pas excellent, mais c’est buvable. Sur la nature de la
boisson, les avis diffèrent : pour Raymond Coll, c’est un mélange de bière
et de whisky, boisson favorite des Sud-Africains. Je pense que c’est une
bière fortement alcoolisée, probablement du stout. Les bouteilles restent
exposées un moment au soleil sur la plage arrière. Un bouchon saute. Le
liquide éclabousse une paroi de la Calypso : la peinture est décapée ! nous
commençons à craindre pour notre estomac.
Nous décidons, le lendemain, de faire une plongée-cinéma sur l’épave ;
les kelps qui montent de ce bateau fantôme, comme une immense chevelure
de noyée, devraient fournir d’excellentes images. Deloire filme sous tous les
angles un plongeur en scaphandre caréné. A cet instant, arrivent au fond,
une dizaine de plongeurs sud-africains. En quelques minutes, l’épave devient
un champ de bataille. Les bouteilles, les piles d’assiettes, les langoustes sont
emportées vers la surface, et même des rouleaux de vieux linoléum, que
nous venons de découvrir et qui constituaient une partie du chargement du
bateau. Il y a peu de chances pour qu’il soit encore utilisable.
L’eau est toujours très froide : 10u. Les plongeurs remontent frigorifiés.
Il est vrai qu’ils portent encore les combinaisons en néoprène, qui nous
servaient en mer Rouge, et qui sont assez minces.
Naufrage
Vers 13 heures, nos deux chalands quittent l'emplacement de l'épave
pour regagner la Calypso. Sur ce trajet de retour, une énorme vague les
prend par l’arrière et les malmène durement. Les embarcations s’emplissent
L'épave aux algues
Nous nous dirigeons ensuite sur une épave que nous a indiquée un ami
plongeur de Capetown : Gary Haselau.
C'est un navire qui date au moins de la guerre de 1914, le Maori. Il
est entièrement envahi par les kelps, enfoui dans une masse végétale qui a
poussé sur lui et qui monte vers la surface comme les arbres d’une forêt.
Quand on arrive au-dessus, l’effet est fantastique.
Des langoustes en ont fait leur domaine. Les plongeurs croient apercevoir des lamproies*. En écartant les kelps, Christian Bonnici et Raymond
Coll entreprennent une visite plus détaillée du vieux bateau. Ils découvrent
des bouteilles empilées, bouchées, et ils les remontent à bord de la Calypso.
Nous faisons sauter quelques bouchons, et tout le monde — moi compris
— goûte avec circonspection ce breuvage qui a séjourné quelque 60 ans
dans la mer. Ce n’est pas excellent, mais c’est buvable. Sur la nature de la
boisson, les avis diffèrent : pour Raymond Coll, c’est un mélange de bière
et de whisky, boisson favorite des Sud-Africains. Je pense que c’est une
bière fortement alcoolisée, probablement du stout. Les bouteilles restent
exposées un moment au soleil sur la plage arrière. Un bouchon saute. Le
liquide éclabousse une paroi de la Calypso : la peinture est décapée ! nous
commençons à craindre pour notre estomac.
Nous décidons, le lendemain, de faire une plongée-cinéma sur l’épave ;
les kelps qui montent de ce bateau fantôme, comme une immense chevelure
de noyée, devraient fournir d’excellentes images. Deloire filme sous tous les
angles un plongeur en scaphandre caréné. A cet instant, arrivent au fond,
une dizaine de plongeurs sud-africains. En quelques minutes, l’épave devient
un champ de bataille. Les bouteilles, les piles d’assiettes, les langoustes sont
emportées vers la surface, et même des rouleaux de vieux linoléum, que
nous venons de découvrir et qui constituaient une partie du chargement du
bateau. Il y a peu de chances pour qu’il soit encore utilisable.
L’eau est toujours très froide : 10u. Les plongeurs remontent frigorifiés.
Il est vrai qu’ils portent encore les combinaisons en néoprène, qui nous
servaient en mer Rouge, et qui sont assez minces.
Naufrage
Vers 13 heures, nos deux chalands quittent l'emplacement de l'épave
pour regagner la Calypso. Sur ce trajet de retour, une énorme vague les
prend par l’arrière et les malmène durement. Les embarcations s’emplissent
