254 COMPAGNONS DE PLONGEE
Quant à Pepito, il a voulu fuir pour retrouver ses semblables, et je
reste convaincu que j’ai eu raison de favoriser sa fuite.
Les éléphants de mer n’ont guère répondu à nos avances. Ils ne se
dérobaient pas, ils n’étaient agressifs que si on les provoquait, mais leur
lourdeur, leur lenteur d’esprit, leur méfiance dans l’eau ne se prêtaient guère
à nos projets. Ils n’étaient pas des compagnons idéals. Pourtant, ils nous
ont beaucoup appris dans la mesure justement où ils menaient leur vie
d’amour et de combat, sans même tenir compte de notre présence. Ils
nous rappelaient ainsi qu’un fossé sépare l’homme de l’animal, et que
c’est à l’homme à tenter de le franchir à force de compréhension. Mais pour
comprendre il faut savoir et pour savoir il faut aimer, aimer la vie, même
dans ses formes les moins attirantes, les moins plaisantes.
Malgré leur aspect, leurs meuglements et leur odeur, les éléphants de
mer ont finalement conquis notre sympathie.
Les morses, eux aussi, sont d’énormes créatures énigmatiques, mais,
du moins, avons-nous réussi à sympathiser grâce au besoin d’affection des
bébés morses. Burke a été pour nous le symbole de la douceur et d’une vie
de sentiment dans le monde inhumain et glacé de l’Arctique.
Tenter d’instaurer une compréhension mutuelle entre les hommes et
les pinnipèdes ou les cétacés n’est pas une expérience qui peut aboutir
rapidement : elle n’en est qu’à ses débuts. Il a fallu des millénaires pour que
l’homme réussisse à approcher les animaux sur terre et tout le monde n’est
pas encore convaincu qu’il est plus profitable de les protéger que de les tuer.
Dans la mer, la tâche qui nous attend est encore plus difficile. Les
animaux qu’il nous faut apprivoiser et séduire vivent dans un milieu qui
n’est pas le nôtre et que nous connaissons encore bien mal. L’initiation de
l’humanité à la vie marine est loin d’être achevée : nos sens, notre intelligence
restent encore terriblement liés à la terre. Mais un jour c’est une nouvelle
étape de l’aventure humaine qui s’ouvrira dans la mer et ce jour-là il nous
faudra mériter ces compagnons de plongée avec lesquels nous tentons tout
juste d’engager le dialogue.
En dehors des otaries, des éléphants de mer et des morses, il existe
bien d’autres mammifères marins qui montrent pour l’homme des affinités.
Les globicéphales que nous avons rencontrés à plusieurs reprises en plongée
et qui sont capables de performances extraordinaires.
Les orques, dont nous avons dit dans un autre livre tout ce qu’on
pouvait en espérer d’attachement et de dévouement à l’homme, sont peutêtre parmi les mieux doués de nos amis marins.
C’est finalement avec les dauphins que l’homme, depuis des milliers
d’années, depuis la civilisation égéenne, a établi les rapports les plus compré-
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