250 COMPAGNONS DE PLONGEE
et à nourrir leurs pensées. Cette année la chasse a été bonne puisqu’elle a
procuré en moyenne un morse pour chaque foyer d’Eskimo.
Le passage des morses en route vers le Nord, au large de l’île SaintLaurent, touche à sa fin. Un bloc à la dérive est encore noir d’animaux. Ce
genre de navigation sera bientôt impossible : les îlots flottants fondent eux
aussi, mais le courant continuera de pousser les morses qui nagent vers le
Nord jusqu’à la calotte glaciaire. Les mâles grognons, les femelles inquiètes,
les jeunes pleins de curiosité sont en route pour la mer des Tchouktches, où
ils trouveront, en abondance, les mollusques qu’ils aiment.
A Gambell, une fête marque la fin de la chasse. C’est Louis Prezelin
qui en est la principale attraction. A l’aide d’une peau de morse tendue par
quatre solides gaillards, il est projeté très haut en l’air. C’est un jeu traditionnel chez les Eskimos et le public s’esclaffe en voyant l’ami français
participer à un divertissement typique du grand Nord. C'est un exercice
qui réchauffe et qui entretient la souplesse de celui qui en est le principal
acteur.
A notre époque de techniques avancées, dans ce village de Gambell,
les traditions restent vivantes. Mais pour combien de temps encore ?
Peut-on, à la fois, offrir aux Eskimos un niveau de vie plus élevé, plus
confortable, leur dispenser l’instruction et sauvegarder leur culture ? N’y
a-t-il pas un conflit inévitable entre la « civilisation » et le respect du passé ?
Dans un pareil affrontement, il est évident que le passé est condamné
d’avance.
Ce sont les questions que j’ai posées à Walter Hickel, membre du
Conseil de l’Alaska et ancien ministre de l’intérieur des Etats-Unis.
— Le plus important, m’a-t-il répondu, est de laisser les Eskimos libres
de mener l’existence qu’ils souhaitent. Ils doivent vivre en harmonie avec
la mer. Nous avons l’obligation de veiller sur eux et, cependant, nous ne
pouvons pas les protéger au point qu’ils ne jouissent plus d’une vie qu’ils
ont mis des millénaires à façonner, en fonction du climat et des animaux
de l’Arctique.
et à nourrir leurs pensées. Cette année la chasse a été bonne puisqu’elle a
procuré en moyenne un morse pour chaque foyer d’Eskimo.
Le passage des morses en route vers le Nord, au large de l’île SaintLaurent, touche à sa fin. Un bloc à la dérive est encore noir d’animaux. Ce
genre de navigation sera bientôt impossible : les îlots flottants fondent eux
aussi, mais le courant continuera de pousser les morses qui nagent vers le
Nord jusqu’à la calotte glaciaire. Les mâles grognons, les femelles inquiètes,
les jeunes pleins de curiosité sont en route pour la mer des Tchouktches, où
ils trouveront, en abondance, les mollusques qu’ils aiment.
A Gambell, une fête marque la fin de la chasse. C’est Louis Prezelin
qui en est la principale attraction. A l’aide d’une peau de morse tendue par
quatre solides gaillards, il est projeté très haut en l’air. C’est un jeu traditionnel chez les Eskimos et le public s’esclaffe en voyant l’ami français
participer à un divertissement typique du grand Nord. C'est un exercice
qui réchauffe et qui entretient la souplesse de celui qui en est le principal
acteur.
A notre époque de techniques avancées, dans ce village de Gambell,
les traditions restent vivantes. Mais pour combien de temps encore ?
Peut-on, à la fois, offrir aux Eskimos un niveau de vie plus élevé, plus
confortable, leur dispenser l’instruction et sauvegarder leur culture ? N’y
a-t-il pas un conflit inévitable entre la « civilisation » et le respect du passé ?
Dans un pareil affrontement, il est évident que le passé est condamné
d’avance.
Ce sont les questions que j’ai posées à Walter Hickel, membre du
Conseil de l’Alaska et ancien ministre de l’intérieur des Etats-Unis.
— Le plus important, m’a-t-il répondu, est de laisser les Eskimos libres
de mener l’existence qu’ils souhaitent. Ils doivent vivre en harmonie avec
la mer. Nous avons l’obligation de veiller sur eux et, cependant, nous ne
pouvons pas les protéger au point qu’ils ne jouissent plus d’une vie qu’ils
ont mis des millénaires à façonner, en fonction du climat et des animaux
de l’Arctique.
