Il prend son biberon sous les yeux de Philippe Cousteau et se fait caresser par Jacques Renoir.
l’île comme sur une carte. Et là-bas aussi, un îlot qui doit être un rocher,
s’est dégagé. Il paraît flotter. La ligne des icebergs qui ferme une partie de
l’horizon s’est brisée. Tous ces craquements sont comme autant d’efforts de
la vie pour renaître.
La muraille des blocs chaotiques qui enfermait Gambell dans un chaos
d’éboulis s’entrouvre, s’éloigne dans la mer.
Vernon hoche la tête :
— La glace reviendra avec le vent.
Qu’importe si la ceinture se referme pour un jour ou pour huit. La
débâcle a commencé sous le soleil. Je regarde les blocs dériver vers le Nord,
entraînés par le courant. C’est toujours ça de moins.
La glace, peu à peu, dégage la terre et glisse dans l’eau. Tout fond au
soleil. Le rivage, qui était une étendue blanche, laisse voir une plage de
galets noirs. Il laisse voir bien d’autres choses. Des amas d’objets hétéroclites, des épaves sans nom, de la ferraille, des bidons crevés.
Tout le long de l’unique rue de Gambell, autour de chaque maison,
apparaissent de pauvres choses misérables et tordues, du plastique indestructible, des emballages incombustibles. Tout ce que le caprice, la négligence,
l’imprévoyance des Eskimos abandonne n’importe où et que la neige propre,
immaculée, cachait et qu’elle restitue sous le soleil implacablement. Je
découvre que la neige est un merveilleux cache-misère.
Les vieux du pays n’ont pas bougé de leur poste d’observation. S’ils
ne chassent plus, tout ce qui concerne les morses continue à régler leur vie
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