244 COMPAGNONS DE PLONGEE
prétendre qu'il marche au « pifomètre », il ne dédaigne pourtant pas l’aide
d’un très beau compas qu’il consulte à la dérobée. Pour rentrer il faut
faire du sud. Il fait carrément du sud-est pour être sûr de couper l’île par
le travers et de ne pas la rater. Quand il a trouvé la glace de la côte, il
commence à louvoyer à cinq mètres de la rive. Les Eskimos sont très habiles
à distinguer dans la nuit les glaçons qui dérivent et la banquise qui n’est
pas encore fractionnée. Il y a, dans le vocabulaire eskimo, 250 mots pour
désigner les différentes espèces de glace.
Nous ne sommes de retour à Gambell qu’à 4 heures du matin. Il faut
commencer par nous occuper du petit morse. Nous lui faisons dans la glace
un trou de 1,50 mètre de profondeur que nous entourons d’un grillage de
protection, puis nous allons nous coucher enfin.
Bain et biberon
Ed Asper, spécialiste des morses et attaché au Marineland du Pacifique,
nous a beaucoup aidés à le soigner (1).
Aucun morse n’a jamais été traité avec autant de dévouement que le
petit orphelin surnommé Burke par les plongeurs, à cause de son aboiement
guttural.
En liberté, le petit morse est lavé par sa mère qui le baigne. C’est nous
qui nous en chargeons et lorsqu’il a été lavé, il suffit de le frotter avec de
la neige. Cette friction achève de le nettoyer parfaitement.
Burke allait successivement vers chacun de nous. Il avait trouvé des
compagnons sur lesquels il pouvait reporter la confiance qu’il avait en sa
mère. Il était très curieux : avec ses moustaches ébouriffées qui constituent
des organes tactiles extrêmement sensibles, il explorait le monde autour de
lui.
•
Après le bain, on lui donnait son biberon.
Jusqu’à une époque récente, il était difficile de garder en vie de très
jeunes mammifères marins, mais aujourd’hui on sait composer un lait très
voisin de celui de la femelle morse. La recette est à base de coquillages, de
crème, d’huile de maïs, de sel, de calcium et de vitamines.
Burke était capable d’absorber deux litres d’un coup de ce mélange.
Après quoi, il dormait en ronflotant.
Ed Asper était même persuadé qu’il rêvait.
(1) Nous avions un permis officiel de capture.
Burke, qui ne sait pas encore bien nager, ne veut pas quitter son ami Prezelin.
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