BURKE NOUS ADOPTE 23«J
pas à s’en prendre aux morses. Ils ne se mettent même pas à l'eau quand
un troupeau se trouve dans les parages. Ils se savent vaincus d'avance.
La chasse que nous avons suivie s’est déroulée de la manière la plus
traditionnelle. Les Eskimos, après avoir tué la femelle ont poussé de grands
cris, ont gesticulé et se sont démenés au comble de l’excitation. Cet enthousiasme évoquait les scènes de chasse d’autrefois, à l’époque où les Eskimos
tuaient les morses en les approchant en kayak et en les frappant avec leur
harpon auquel était fixé un flotteur en peau gonflé d’air. L’exploit était alors
dangereux et méritoire. L’animal devait être frappé à l’arrière de la tête. Si
le coup était manqué, il arrivait souvent que le morse se jette sur le kayak,
l’écrase et le chasseur ne réussissait pas toujours à se dégager.
Avec les armes à feu modernes, tuer un morse offre beaucoup moins
de dangers. Pourtant nos chasseurs qui se sont installés sur le glaçon qu’occupait la femelle rient, se congratulent. Le chef de la troupe a sorti une
longue lame qui brille au soleil. C’est à lui que revient le privilège d’ouvrir
le ventre de l’animal d'un long trait bien droit puis de le découper en croix.
Le sang fuse. Les autres chasseurs commencent à prélever la peau.
L'orphelin
Après la mort de la mère, nous avons recueilli le petit orphelin. Nous
l’avons repêché en pleine eau et nous l’avons hissé dans l’oumiak de Vernon.
Il ne se débattait pas, il n’avait absolument pas peur de nous. De luimême, il nageait vers l’objet flottant qui évoquait le corps de sa mère : un
bateau. D’autant plus que Slwooko imitait l’aboiement maternel.
Je pense, comme on va le voir, qu’il nous a très probablement sauvé la vie.
Tout de suite dans l’oumiak, le petit morse a cherché le contact d’un
plongeur. La combinaison noire en vynil est douce comme la peau d’une
femelle. Cherchant une mère de remplacement, il a besoin de la chaleur
d’un autre mammifère, la chaleur humaine. Non seulement il accepte
l’homme, mais il s’attache à lui éperdument. Son besoin d’être aimé et
caressé est émouvant.
Sur la glace, le dépeçage se poursuit à une cadence qui nous laisse
émerveillés. Attaqué de toutes parts à la fois par cinq ou six couteaux affûtés
comme des rasoirs, le morse se défait littéralement sous nos yeux. Et tout
cela dans un ordre, avec une méthode qui évite toute confusion et ne laisse
rien perdre. On entend les gargouillements du sang qui coule en moussant
dans un seau. Des plaques de graisse s’alignent sur la glace. Les os craquent.
pas à s’en prendre aux morses. Ils ne se mettent même pas à l'eau quand
un troupeau se trouve dans les parages. Ils se savent vaincus d'avance.
La chasse que nous avons suivie s’est déroulée de la manière la plus
traditionnelle. Les Eskimos, après avoir tué la femelle ont poussé de grands
cris, ont gesticulé et se sont démenés au comble de l’excitation. Cet enthousiasme évoquait les scènes de chasse d’autrefois, à l’époque où les Eskimos
tuaient les morses en les approchant en kayak et en les frappant avec leur
harpon auquel était fixé un flotteur en peau gonflé d’air. L’exploit était alors
dangereux et méritoire. L’animal devait être frappé à l’arrière de la tête. Si
le coup était manqué, il arrivait souvent que le morse se jette sur le kayak,
l’écrase et le chasseur ne réussissait pas toujours à se dégager.
Avec les armes à feu modernes, tuer un morse offre beaucoup moins
de dangers. Pourtant nos chasseurs qui se sont installés sur le glaçon qu’occupait la femelle rient, se congratulent. Le chef de la troupe a sorti une
longue lame qui brille au soleil. C’est à lui que revient le privilège d’ouvrir
le ventre de l’animal d'un long trait bien droit puis de le découper en croix.
Le sang fuse. Les autres chasseurs commencent à prélever la peau.
L'orphelin
Après la mort de la mère, nous avons recueilli le petit orphelin. Nous
l’avons repêché en pleine eau et nous l’avons hissé dans l’oumiak de Vernon.
Il ne se débattait pas, il n’avait absolument pas peur de nous. De luimême, il nageait vers l’objet flottant qui évoquait le corps de sa mère : un
bateau. D’autant plus que Slwooko imitait l’aboiement maternel.
Je pense, comme on va le voir, qu’il nous a très probablement sauvé la vie.
Tout de suite dans l’oumiak, le petit morse a cherché le contact d’un
plongeur. La combinaison noire en vynil est douce comme la peau d’une
femelle. Cherchant une mère de remplacement, il a besoin de la chaleur
d’un autre mammifère, la chaleur humaine. Non seulement il accepte
l’homme, mais il s’attache à lui éperdument. Son besoin d’être aimé et
caressé est émouvant.
Sur la glace, le dépeçage se poursuit à une cadence qui nous laisse
émerveillés. Attaqué de toutes parts à la fois par cinq ou six couteaux affûtés
comme des rasoirs, le morse se défait littéralement sous nos yeux. Et tout
cela dans un ordre, avec une méthode qui évite toute confusion et ne laisse
rien perdre. On entend les gargouillements du sang qui coule en moussant
dans un seau. Des plaques de graisse s’alignent sur la glace. Les os craquent.
