238 COMPAGNONS DE PLONGEE
Mais il peut arriver que la chasse soit impossible, parce qu’au moment
du passage des morses, la tempête souffle trop violemment sans interruption,
et les bateaux ne peuvent pas sortir. Une certaine année, tous les chasseurs
de Gambell n’ont réussi à tuer qu’un morse. C’est alors un désastre pour le
village.
Dans l’oumiak de Vemon, nous avons suivi, ce matin-là, le bateau des
chasseurs. La scène qui s’est déroulée sous nos yeux se reproduit environ
400 fois par saison. Nous avons assisté à un drame qui, en lui-même est
épouvantable, mais qui, comparé à certaines chasses inutiles ou abusives,
constitue une nécessité tolérable étant donné la situation des Eskimos. On
tire sur une femelle qui nage. On reconnaît une femelle parce qu’elle est
accompagnée de son petit qui évolue à côté d’elle ou qu’elle porte sur son
dos.
Beaucoup des victimes blessées plongent ou coulent. Chaque année
11 700 morses sont tués sur les côtes américaines et soviétiques. On compte
que moins de la moitié de ce nombre est repêché. Les morses ne sont pas
très prolifiques. La femelle porte 13 mois et elle n’est pas féconde avant
l’âge de 6 ou 7 ans. Les calculs montrent que dans les conditions actuelles
de la chasse, il naît un petit pour deux adultes tués. Les bébés, à cet âge, ne
peuvent absolument pas vivre sans leur mère, ils vont crever on ne sait où
dans la mer ou sur un glaçon. Du moins, s’ils sont capturés aussitôt, leur
agonie se termine-t-elle plus rapidement.
Les orques et les ours
Il ne semble pas que les morses comptent, en dehors de l’homme, des
ennemis capables de les mettre en danger. Ils sont si gros, si puissants, si
agiles dans l’eau que peu d’animaux osent s’en prendre à eux. Seuls les
orques* qui sont les plus terribles combattants de la mer s’attaquent aux
morses comme ils s’attaquent aux baleines. Ils les assaillent en groupe et
s’efforçant de les mordre à la lèvre supérieure, ils tentent de les entraîner
vers le fond. Mais un morse est très capable d’asséner un coup mortel à un
orque. Il sait se servir de ses défenses d’une manière très efficace.
Les Eskimos nous ont souvent raconté avoir vu un morse saisir un
phoque entre ses nageoires antérieures, le soulever devant lui et le frapper
violemment avec ses défenses jusqu’à ce qu’il en meure.
Quant aux ours polaires, bien que leurs proies principales soient les
phoques, il leur arrive de se jeter sur les morses, lorsque ceux-ci sont sur
la glace où ils se déplacent difficilement. Dans la mer les ours ne se hasardent
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