222 COMPAGNONS DE PLONGEE
prometteur pour qu’il fasse signe à Prezelin de lancer le moteur du hors-bord.
La pétarade brise le silence oppressant de l’Arctique. Nous zigzagons
d’un chenal à l’autre. Derrière nous, le petit tas des maisons de Gambell
que domine l’antenne de la radio, s’efface et semble se fondre dans la
blancheur universelle.
Slwooko, penché sur l’étrave, commande à Prezelin de ralentir ou de
repartir, il cherche le passage entre les floes* et distingue à leur couleur les
blocs durs et compacts de la glace fondante, qui n’est plus que de la soupe.
Assis dans l’oumiak, chauffés par le soleil, nous nous laissons conduire dans
ce monde, qui n’est ni liquide ni solide, mais d’un blanc aveuglant, cristallin
sous la lumière crue qui tombe d’un ciel enfin nettoyé.
L’oumiak frôle les icebergs toujours prêts à basculer. Il frotte parfois
dangereusement ses peaux contre des aiguilles immergées. Aux plus mauvais
passages, Slwooko sort une gaffe et pousse, ou bien plante le tok, le pic à
glace, dans un de ces œufs à la neige qu’il faut contourner. Dans les passages
les plus étroits, alors que nous risquons d’être écrasés entre deux blocs, il
saute sur l’un d’eux et pousse l’autre avec les pieds. Nous passons.
Grâce à la lumière éclatante qui règne sur la mer aujourd’hui, nous
pouvons enfin nous faire une idée du nombre et de l’importance des icebergs
rassemblés autour de l’île Saint-Laurent et qui dérivent doucement sur la
mer. Ils ont toutes les tailles, toutes les formes et certains sont magnifiques.
Tout en naviguant entre eux avec prudence, nous ne pouvons nous
retenir de les admirer. Ce sont des accessoires de féerie. Le soleil fait scintiller les pointes de la surface, mais en profondeur la glace a la couleur
bleutée des plus beaux diamants.
Certaines de ces montagnes flottantes sont creusées de cavernes. D’autres laissent tomber à la mer dans une gerbe d’eau des pans de mur blanc
ou des avalanches qui roulent de leur sommet.
Devant nous, il n’y a plus maintenant que l’eau glauque parsemée de
taches blanches. C’est la pureté vide, rigoureuse, implacable de l’Arctique.
Je crois que cette mer où fond la glace, est plus hostile à l’homme que la
surface houleuse de l’océan qu’un marin apprend à aimer.
Nous scrutons tous les îlots flottants sans voir un seul morse. Nous nous
déplaçons dans un décor d’aveuglante pureté. Le sillage de l’oumiak dessine
de longues rides sur une eau immobile. Le ciel et la mer se confondent.
Soudain, à 30 km de la frontière sibérienne, notre guide, dont la vue est
aussi perçante sous le soleil que dans la brume, nous montre des taches
noires. C’est un troupeau de morses. Les animaux dorment, sensibles comme
nous à la tiédeur printanière. Cinq occupent un îlot, dix sont allongés sur
un autre.
prometteur pour qu’il fasse signe à Prezelin de lancer le moteur du hors-bord.
La pétarade brise le silence oppressant de l’Arctique. Nous zigzagons
d’un chenal à l’autre. Derrière nous, le petit tas des maisons de Gambell
que domine l’antenne de la radio, s’efface et semble se fondre dans la
blancheur universelle.
Slwooko, penché sur l’étrave, commande à Prezelin de ralentir ou de
repartir, il cherche le passage entre les floes* et distingue à leur couleur les
blocs durs et compacts de la glace fondante, qui n’est plus que de la soupe.
Assis dans l’oumiak, chauffés par le soleil, nous nous laissons conduire dans
ce monde, qui n’est ni liquide ni solide, mais d’un blanc aveuglant, cristallin
sous la lumière crue qui tombe d’un ciel enfin nettoyé.
L’oumiak frôle les icebergs toujours prêts à basculer. Il frotte parfois
dangereusement ses peaux contre des aiguilles immergées. Aux plus mauvais
passages, Slwooko sort une gaffe et pousse, ou bien plante le tok, le pic à
glace, dans un de ces œufs à la neige qu’il faut contourner. Dans les passages
les plus étroits, alors que nous risquons d’être écrasés entre deux blocs, il
saute sur l’un d’eux et pousse l’autre avec les pieds. Nous passons.
Grâce à la lumière éclatante qui règne sur la mer aujourd’hui, nous
pouvons enfin nous faire une idée du nombre et de l’importance des icebergs
rassemblés autour de l’île Saint-Laurent et qui dérivent doucement sur la
mer. Ils ont toutes les tailles, toutes les formes et certains sont magnifiques.
Tout en naviguant entre eux avec prudence, nous ne pouvons nous
retenir de les admirer. Ce sont des accessoires de féerie. Le soleil fait scintiller les pointes de la surface, mais en profondeur la glace a la couleur
bleutée des plus beaux diamants.
Certaines de ces montagnes flottantes sont creusées de cavernes. D’autres laissent tomber à la mer dans une gerbe d’eau des pans de mur blanc
ou des avalanches qui roulent de leur sommet.
Devant nous, il n’y a plus maintenant que l’eau glauque parsemée de
taches blanches. C’est la pureté vide, rigoureuse, implacable de l’Arctique.
Je crois que cette mer où fond la glace, est plus hostile à l’homme que la
surface houleuse de l’océan qu’un marin apprend à aimer.
Nous scrutons tous les îlots flottants sans voir un seul morse. Nous nous
déplaçons dans un décor d’aveuglante pureté. Le sillage de l’oumiak dessine
de longues rides sur une eau immobile. Le ciel et la mer se confondent.
Soudain, à 30 km de la frontière sibérienne, notre guide, dont la vue est
aussi perçante sous le soleil que dans la brume, nous montre des taches
noires. C’est un troupeau de morses. Les animaux dorment, sensibles comme
nous à la tiédeur printanière. Cinq occupent un îlot, dix sont allongés sur
un autre.
