212 COMPAGNONS DE PLONGEE
et qui se faufile dans les plus étroits passages. Son armature est faite d’un
assemblage de bois de frêne comme celle d’un kayak, mais elle est très
souple. Elle ne casse pas. Les peaux tendues sur ce bâti sont celles de
morses femelles car elles ne portent pas les trous des blessures que les mâles
s’infligent au cours de leurs combats.
L’oumiak est assez léger pour qu’on puisse le porter sur la glace. Tout
le long de la quille en bois sont fixées des lames d’ivoire provenant des
défenses de morses. L’ivoire peut glisser aisément sur la neige, quelle que
soit sa consistance.
C’est un bateau assez haut sur l’eau. Son bordé* s’élève à environ
80 centimètres de la surface. Il y a, dans la fabrication de l’oumiak, un
secret un peu magique : un montage très particulier qui lui donne sa
souplesse et lui évite de casser sous les chocs.
22 heures dans la brume
Sur l’île Saint-Laurent, un jour de soleil est un événement. Mais le
soleil de l’Arctique est toujours un peu voilé, estompé par la grisaille du
ciel. Les journées sont longues. En mai, le soleil se couche vers 11 heures
du soir, et se relève à 2 heures du matin. Cette courte nuit même n’est pas
complète. Le clair-obscur règne sur la mer.
Des phoques barbus aux yeux noirs prennent leur bain de soleil sur
des bancs de glace. Ce sont eux qu’on a le plus de chance de rencontrer
aux alentours de l’île Saint-Laurent. Ils sont d’un brun roux et portent une
moustache en brosse. Ils mesurent 2,50 m et pèsent plus de 250 kilos. Ils
fouillent le sol marin à la recherche de nourriture, ils se servent de leur
nageoire carrée comme d’une bêche pour retourner la vase. Ils vivent presque
toute l’année à proximité du rivage. Pour les Eskimos, ce n’est pas un gibier
négligeable.
Les morses, eux, sont parfois très loin de l’île Saint-Laurent. Il nous
est arrivé d’errer pendant 22 heures de suite sans les rencontrer. Nous nous
sommes égarés dans la brume, et nous sommes rentrés à Gambell à 5 heures
du matin, grelottant de froid et épuisés. Nous voyions à peine la proue de
notre propre bateau.
Nous avons également voulu plonger sous la glace, en creusant un trou
dans la banquise. Une équipe composée de Philippe Cousteau, de Bonnici,
de Giacoletto et de Dorado a affronté cette épreuve. Le plongeur qui
s’immerge dans ce réfrigérateur et qui commence à descendre, ne peut se
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