210 COMPAGNONS DE PLONGEE
J’ai rendu visite à un graveur. Dans une pièce assez sordide où jouaient
des chiots, il était assis par terre et il travaillait en chantant, tandis que sa
femme fabriquait une veste imperméable avec des boyaux de morse tendus.
Elle était abondamment tatouée et montrait un fin visage au sourire ironique.
Elle nous a expliqué que ses tatouages dataient de son mariage. La
mode maintenant en est passée, les jeunes filles refusent de se laisser tatouer.
Le graveur était souriant, lui aussi, et il avait cet air rusé qui est
fréquent chez les Eskimos et qui n’exclut pourtant ni le sens de l’hospitalité
ni même la générosité.
On m’avait dit que tout en sculptant et en gravant, les artistes de
Gambell chantaient de vieux refrains traditionnels. C’est bien ce que faisait
notre hôte. Mais sa chanson m’a paru relever plutôt de la campagne publicitaire que du folklore. Il chantait :
Gravons, gravons
Pour les clients de San Francisco
Pour l’Oklahoma
Et même pour Mexico
Topeka Topeka
Et pour l’Alaska
Ah ! Ah ! Ah !
Sa femme, de temps à autre, s’arrêtait de coudre pour esquisser une
danse qui n’était qu’un trémoussement sur place, accompagné de quelques
mouvements de mains.
Toute la scène était naïve, mais nullement ridicule. Manifestement,
cet homme et cette femme qui, vingt ans plus tôt, n’hésitaient pas à affronter
la banquise et le blizzard avec un traîneau à chiens, s’étaient reconvertis
dans un artisanat touristico-commercial dont ils attendaient le plus clair de
leurs ressources.
Il faut bien, aux habitants de l’Arctique, des raisons de vivre et de
rêver.
Une aubaine
Lorsque nous sommes arrivés à Gambell, les Eskimos avaient tué une
baleine, et tout le village était occupé à la dépecer. Les plus vieux chasseurs
du pays présidaient au travail commun et dirigeaient la répartition des
morceaux entre toutes les familles.
C’était une bonne aubaine, car ce grand corps a fourni de la viande
et de la graisse à tout le village.
J’ai rendu visite à un graveur. Dans une pièce assez sordide où jouaient
des chiots, il était assis par terre et il travaillait en chantant, tandis que sa
femme fabriquait une veste imperméable avec des boyaux de morse tendus.
Elle était abondamment tatouée et montrait un fin visage au sourire ironique.
Elle nous a expliqué que ses tatouages dataient de son mariage. La
mode maintenant en est passée, les jeunes filles refusent de se laisser tatouer.
Le graveur était souriant, lui aussi, et il avait cet air rusé qui est
fréquent chez les Eskimos et qui n’exclut pourtant ni le sens de l’hospitalité
ni même la générosité.
On m’avait dit que tout en sculptant et en gravant, les artistes de
Gambell chantaient de vieux refrains traditionnels. C’est bien ce que faisait
notre hôte. Mais sa chanson m’a paru relever plutôt de la campagne publicitaire que du folklore. Il chantait :
Gravons, gravons
Pour les clients de San Francisco
Pour l’Oklahoma
Et même pour Mexico
Topeka Topeka
Et pour l’Alaska
Ah ! Ah ! Ah !
Sa femme, de temps à autre, s’arrêtait de coudre pour esquisser une
danse qui n’était qu’un trémoussement sur place, accompagné de quelques
mouvements de mains.
Toute la scène était naïve, mais nullement ridicule. Manifestement,
cet homme et cette femme qui, vingt ans plus tôt, n’hésitaient pas à affronter
la banquise et le blizzard avec un traîneau à chiens, s’étaient reconvertis
dans un artisanat touristico-commercial dont ils attendaient le plus clair de
leurs ressources.
Il faut bien, aux habitants de l’Arctique, des raisons de vivre et de
rêver.
Une aubaine
Lorsque nous sommes arrivés à Gambell, les Eskimos avaient tué une
baleine, et tout le village était occupé à la dépecer. Les plus vieux chasseurs
du pays présidaient au travail commun et dirigeaient la répartition des
morceaux entre toutes les familles.
C’était une bonne aubaine, car ce grand corps a fourni de la viande
et de la graisse à tout le village.
