206 COMPAGNONS DE PLONGEE
Les hors-bords montés sur les oumiaks épargnent la fatigue des hommes
et rendent de grands services aux chasseurs de morses de Gambell, mais
ce sont aussi des signes extérieurs de richesse. Comme les Eskimos n’ont
pas le sens de la mécanique — et cela se comprend — ils ne savent ni les
entretenir ni les réparer. Quand un engin ne marche pas, ils l’abandonnent
n’importe où. C’est toujours le moteur qui a tort.
On peut se demander d’où vient l’argent qui permet aux habitants de
l’île Saint-Laurent de faire de telles dépenses. Il faut noter, tout d’abord,
que les peaux de morse se vendent bien. Tous les petits objets folkloriques,
les ivoires gravés, sont payés un bon prix par les touristes. En outre, toutes
les communautés eskimos reçoivent des subventions du gouvernement américain.
Ceux qui gagnent le plus d’argent sont ceux qui servent de guides de
chasse, car il y a beaucoup de gens qui viennent pour tuer un morse. On
paie le droit de chasse, plus le guide, plus toutes les fournitures.
Les gens qui viennent faire des « safaris polaires » sont nourris et logés
par leur guide de chasse. Il en coûte en plus une centaine de dollars par
jour et par sortie en mer.
De tout cet argent qui leur passe entre les mains, les Eskimos ne gardent
pas grand-chose : ils sont imprévoyants et dépensiers, ils vivent au jour le
jour et reçoivent généreusement tous ceux qui se présentent. Habitués depuis
des milliers d’années à une vie communautaire, ils n’ont pas le sens de la
propriété personnelle, et ils manquent sans cesse d’argent.
Les femmes sont agréables à voir, bien qu’elles ne soient pas spécialement belles. Leur visage est très vite marqué de rides, probalement à cause
du vent, du froid, du soleil sur la glace. Elles sont très actives, tiennent leur
foyer en ordre, s’occupent très bien de leurs enfants, mais elles ne participent
pas à la chasse.
Dépeçage
Il est possible que les conditions actuelles de la vie, un confort relatif
et le contact des Occidentaux fassent perdre, peu à peu, aux Eskimos, leurs
qualités traditionnelles. Ils risquent d’oublier, faute d’emploi, les techniques
où ils étaient passés maîtres, et qui leur ont permis de survivre.
Ils sont pourtant restés très habiles à découper les morses. En très peu
de temps, ils ont enlevé la peau, en s’y mettant à deux ou trois. Ils savent
découper la viande et connaissent parfaitement les points où il faut agir sur
les articulations. Ils prélèvent juste les morceaux qui les intéressent. Mais,
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