DES FOUS. DES MANCHOTS ET DES OTARIES 19
Michel Deloire constate que les manchots ont finalement beaucoup
plus peur des hommes que les fous. Quand ils sont effrayés, ils crient, mais
leur voix n’est pas assourdissante. Ils fuient gauchement. Vus de dos, ils
semblent porter une jaquette qui se balance d’un côté à l'autre. Ils se
déplacent assez vite sur le sol inégal, plus facilement que les hommes, car
leurs pieds palmés sont souples, et épousent les irrégularités des rochers.
Tout à coup, ils sont saisis d’un affolement incompréhensible, et ils se
laissent glisser jusqu’à la mer, sur le derrière ou sur le ventre, ou bien, ils
se jettent à l’eau, comme de jeunes désespérés, parfois de plus de 2 mètres
de haut.
Bernard Chauvelin découvre tout un groupe de femelles qui paraissent
s’être rassemblées pour couver côte à côte. Elles ne fuient pas à son approche.
Comme beaucoup d’oiseaux, il leur est difficile de voir juste en face de leur
bec. Elles regardent Chauvelin, en se penchant, tantôt à droite, tantôt à
gauche, fixant sur lui successivement chacun de leurs yeux noirs et ronds,
qui semblent emplis d’un étonnement indigné.
Les manchots, sur l’une des rives de l’île, jouent avec application à un
jeu très organisé. Ils descendent, sur leur derrière, une pente glissante, et
piquent dans la mer. C’est un véritable toboggan. Une fois dans l’eau, ils
reprennent terre l’un derrière l’autre et remontent sur le haut du rocher,
pour recommencer.
En fin de journée, on ne sait pas pourquoi, ils se dirigent par groupes
d’une dizaine, vers le sommet de l’île. On dirait une file de bonnes sœurs
allant en pèlerinage. Ils suivent des sentiers bien tracés, que leurs pas ont
fini par marquer à la surface de l’île. Chacune de ces pistes paraît correspondre à l’une de leurs activités de la journée.
L’arrivée des manchots au sommet de l’île trouble les cormorans qui
sont sur leurs nids. Il y a quelques échanges de coups de bec, dont la plupart
tombent dans le vide, et aussi quelques coups d’ailes assez perfides. Malgré
leur taille, les manchots semblent avoir le dessous. Ils finissent par défiler
dignement, en colonne par un, pendant que les cormorans, un instant criards
et agités, s’asseyent de nouveau sur leur nid. A quoi rime cette mise en
scène ? Est-ce une revendication des manchots, qui veulent rappeler leurs
droits sur toute l’île, sommet compris, mais ne tiennent pas à engager la
lutte ? La cérémonie semble n’avoir lieu qu’une fois par jour, le soir.
Notre équipe capture, avec précaution, un manchot pour l’examiner,
et le relâche. Les quelques minutes pendant lesquelles on le tient, permettent
C'est dans un bassin intérieur de leur île que les jeunes otaries apprennent à nager
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