198 COMPAGNONS DE PLONGEE
les Eskimos attendent leur passage. En dépit du lourd tribut qu’ils ont payé
aux chasseurs et aux baleiniers, les morses restent les rois bougonnants et
grognons de ce pays des glaces et des tempêtes.
Pensant aux épreuves qu’ils ont subies, je murmure un vieux refrain
nordique :
« As-tu jamais vu sourire un morse
« Pendant toutes ces longues années ?
« Oh oui, j’ai vu sourire un morse
« Mais c’était à travers ses larmes. »
C’est la rudesse du climat, la solitude de ces étendues invivables, une
population clairsemée sans cesse exposée au froid et à la famine, qui ont
constitué la meilleure sauvegarde des morses.
Sous les ailes de notre avion, dans ce désert blanc, les femelles, après
un an de gestation, donnent naissance en général à un seul petit. C’est un
événement que personne n’a jamais pu observer. A l’abri des orques, des
ours polaires, et maintenant des hommes, la population des morses se maintient à un niveau à peu près stable dans son désert blanc.
Les connaissances qu’on a sur la vie des morses en liberté sont vagues
et fragmentaires. Les tempêtes en mer, les mouvements imprévisibles de la
glace et le brouillard, ne permettent pas toujours de les voir. Des troupeaux
entiers peuvent passer dans l’Arctique sans être repérés. Les morses sont si
bien adaptés à la vie marine qu’ils peuvent évoluer à l’aise au cœur des pires
tempêtes arctiques, en plein ressac, parmi les récifs et les aiguilles de glace
les plus dangereuses.
Loin de Monaco
Le village eskimo de Gambell est un pauvre refuge humain, accroché
à des rocs et à des glaces, battu par la tempête. Ce monde du froid, dans le
clair obscur du soleil arctique, désoriente l’équipe de la Calypso. Elle se sent
bien loin de son port d’attache ensoleillé de Monaco.
Prezelin et Dorado, qui ont retrouvé leurs amis eskimos, sont ravis par
la neige fraîche et la glace bleutée ; ils ne résistent pas à la tentation d’essayer
les nouveaux vêtements de plongée à double épaisseur, spécialement étudiés
pour cette mission. Nous sommes déjà la grande attraction du village.
Dès notre arrivée à Gambell, les Eskimos donnent une fête en notre
honneur. C’est une grande séance de danse, au son du seul instrument de
musique qu’ils connaissent : un tambour fait d’un estomac de morse. Je
les Eskimos attendent leur passage. En dépit du lourd tribut qu’ils ont payé
aux chasseurs et aux baleiniers, les morses restent les rois bougonnants et
grognons de ce pays des glaces et des tempêtes.
Pensant aux épreuves qu’ils ont subies, je murmure un vieux refrain
nordique :
« As-tu jamais vu sourire un morse
« Pendant toutes ces longues années ?
« Oh oui, j’ai vu sourire un morse
« Mais c’était à travers ses larmes. »
C’est la rudesse du climat, la solitude de ces étendues invivables, une
population clairsemée sans cesse exposée au froid et à la famine, qui ont
constitué la meilleure sauvegarde des morses.
Sous les ailes de notre avion, dans ce désert blanc, les femelles, après
un an de gestation, donnent naissance en général à un seul petit. C’est un
événement que personne n’a jamais pu observer. A l’abri des orques, des
ours polaires, et maintenant des hommes, la population des morses se maintient à un niveau à peu près stable dans son désert blanc.
Les connaissances qu’on a sur la vie des morses en liberté sont vagues
et fragmentaires. Les tempêtes en mer, les mouvements imprévisibles de la
glace et le brouillard, ne permettent pas toujours de les voir. Des troupeaux
entiers peuvent passer dans l’Arctique sans être repérés. Les morses sont si
bien adaptés à la vie marine qu’ils peuvent évoluer à l’aise au cœur des pires
tempêtes arctiques, en plein ressac, parmi les récifs et les aiguilles de glace
les plus dangereuses.
Loin de Monaco
Le village eskimo de Gambell est un pauvre refuge humain, accroché
à des rocs et à des glaces, battu par la tempête. Ce monde du froid, dans le
clair obscur du soleil arctique, désoriente l’équipe de la Calypso. Elle se sent
bien loin de son port d’attache ensoleillé de Monaco.
Prezelin et Dorado, qui ont retrouvé leurs amis eskimos, sont ravis par
la neige fraîche et la glace bleutée ; ils ne résistent pas à la tentation d’essayer
les nouveaux vêtements de plongée à double épaisseur, spécialement étudiés
pour cette mission. Nous sommes déjà la grande attraction du village.
Dès notre arrivée à Gambell, les Eskimos donnent une fête en notre
honneur. C’est une grande séance de danse, au son du seul instrument de
musique qu’ils connaissent : un tambour fait d’un estomac de morse. Je
