184 COMPAGNONS DE PLONGEE
la mer, se déchire aux pointes des icebergs et s’abat sur l’oumiak. Le vent
souffle de plus en plus fort. Cette fois, Vemon, toujours aussi imperturbable,
fait demi-tour. Il faudra encore lutter pendant quatre heures et demie pour
regagner Gambell. Comment l’Eskimo trouve-t-il sa route dans ce dédale
où la brume blanche emplit les yeux, où les glaces surgissent comme des
fantômes pour barrer tout à coup le passage. On comprend, dans cet enfer
froid et fantastique, l’épouvante et les superstitions des premiers navigateurs
qui ont affronté les mers polaires.
L’eau glacée projetée par le vent imprègne les anoraks, les gants, les
vêtements de plongée, mord les visages et attaque inexorablement toute chair.
Vemon, lui, en face des plongeurs recroquevillés, mène son bateau à bonne
allure. Il a les yeux plissés, et sa chemise ouverte laisse voir sa chair brune
et dure.
Il faut encore faire franchir à l’oumiak la muraille des blocs entassés,
le délester du matériel le plus lourd, faire des acrobaties sur les blocs instables
et qui culbutent brusquement. Chacun a les mains gourdes, les muscles
raides, les pieds glacés.
Jusqu’au 16 mai, le mauvais temps pèse sur l’île comme une malédiction. Les hommes sont cernés par le vent, écrasés par le ciel noir, paralysés
par le froid, emprisonnés par la mer qui, sans trêve, mène l’assaut contre
les amoncellements de glace.
Le 16 mai, une éclaircie se produit. Les nuages cotonneux se déchirent
et laissent voir un morceau de ciel bleu. Profitant de cette rémission, les
plongeurs décident de se mettre à l’eau, au bord de la glace... « pour voir ».
L’épreuve est pénible, tout le village la suit avec une curiosité amusée, plus
goguenarde qu’admirative.
La température de l’eau est de — 2°. La visibilité ne dépasse pas deux
à trois mètres. Une véritable « soupe » provoquée par le dégel flotte, en
suspension dans la mer.
Prezelin filme quand même, de tout près, des méduses. Puis, il descend
jusqu’au fond, à une vingtaine de mètres où il fait quelques prises de vues
sur des crabes. Naturellement, pas le moindre morse. Si près de Gambell,
c’était sans espoir. Bilan bien mince pour une plongée aussi dure.
Soudain, les plongeurs ont l’impression qu’un voile noir se tend audessus de leurs têtes au ras de la surface. Ils entrent dans une nuit verte. Ils
se regroupent et remontent. La glace épaisse, dure, s’étend au-dessus d’eux
comme une dalle. Ils ne se sont pas rendu compte qu’un courant assez fort
les entraînait sous ce plafond opaque. Ils cherchent la mer libre, se dirigent
vers la lumière et retrouvent finalement le chaos des blocs qui ceinture
Gambell. Ils reprennent pied.
la mer, se déchire aux pointes des icebergs et s’abat sur l’oumiak. Le vent
souffle de plus en plus fort. Cette fois, Vemon, toujours aussi imperturbable,
fait demi-tour. Il faudra encore lutter pendant quatre heures et demie pour
regagner Gambell. Comment l’Eskimo trouve-t-il sa route dans ce dédale
où la brume blanche emplit les yeux, où les glaces surgissent comme des
fantômes pour barrer tout à coup le passage. On comprend, dans cet enfer
froid et fantastique, l’épouvante et les superstitions des premiers navigateurs
qui ont affronté les mers polaires.
L’eau glacée projetée par le vent imprègne les anoraks, les gants, les
vêtements de plongée, mord les visages et attaque inexorablement toute chair.
Vemon, lui, en face des plongeurs recroquevillés, mène son bateau à bonne
allure. Il a les yeux plissés, et sa chemise ouverte laisse voir sa chair brune
et dure.
Il faut encore faire franchir à l’oumiak la muraille des blocs entassés,
le délester du matériel le plus lourd, faire des acrobaties sur les blocs instables
et qui culbutent brusquement. Chacun a les mains gourdes, les muscles
raides, les pieds glacés.
Jusqu’au 16 mai, le mauvais temps pèse sur l’île comme une malédiction. Les hommes sont cernés par le vent, écrasés par le ciel noir, paralysés
par le froid, emprisonnés par la mer qui, sans trêve, mène l’assaut contre
les amoncellements de glace.
Le 16 mai, une éclaircie se produit. Les nuages cotonneux se déchirent
et laissent voir un morceau de ciel bleu. Profitant de cette rémission, les
plongeurs décident de se mettre à l’eau, au bord de la glace... « pour voir ».
L’épreuve est pénible, tout le village la suit avec une curiosité amusée, plus
goguenarde qu’admirative.
La température de l’eau est de — 2°. La visibilité ne dépasse pas deux
à trois mètres. Une véritable « soupe » provoquée par le dégel flotte, en
suspension dans la mer.
Prezelin filme quand même, de tout près, des méduses. Puis, il descend
jusqu’au fond, à une vingtaine de mètres où il fait quelques prises de vues
sur des crabes. Naturellement, pas le moindre morse. Si près de Gambell,
c’était sans espoir. Bilan bien mince pour une plongée aussi dure.
Soudain, les plongeurs ont l’impression qu’un voile noir se tend audessus de leurs têtes au ras de la surface. Ils entrent dans une nuit verte. Ils
se regroupent et remontent. La glace épaisse, dure, s’étend au-dessus d’eux
comme une dalle. Ils ne se sont pas rendu compte qu’un courant assez fort
les entraînait sous ce plafond opaque. Ils cherchent la mer libre, se dirigent
vers la lumière et retrouvent finalement le chaos des blocs qui ceinture
Gambell. Ils reprennent pied.
