DANS LA MER DE BERING 177
« C est un os qui se termine par une zone cartilagineuse maintenue par
un ligament en trépied fixé sur l’os iliaque. Le muscle équivaut à quatre ou
cinq biceps humains : il fait pivot sur les ligaments et entraîne l’érection.
Le pénis sort du manchon. Pendant tout le temps de cette dissection, l’odeur
était effroyable.
« Il m’a fallu trois jours pour couper la tête avec une égoïne. J’ai
ouvert le crâne directement au niveau du front. Les parois sont tellement
épaisses qu’il reste très peu de place pour la matière cervicale.
Non seulement le développement crânien du morse est faible, mais son
équipement sensoriel est médiocre. Le toucher cependant est particulièrement
développé grâce à des « moustaches » : vibrisses remarquablement vascularisées et innervées^ C’est par leur entremise qu’il réussit probablement le
mieux à explorer le monde marin d’où il tire sa nourriture.
Malgré leur petite cervelle, les morses — nos rapports avec eux l’ont
prouvé par la suite — font preuve de beaucoup plus de discernement et
parfois d’affection que les éléphants de mer au milieu desquels nous avions
vécu.
Cette première rencontre avec les morses, il faut bien l’avouer, ne nous
avait pas inspiré une très grande sympathie pour eux. Leurs yeux injectés
de sang, leur air hargneux et volontiers lugubre, leur lourde mâchoire, leur
corpulence, leur donnent un peu l’air du père Ubu. Mais il faut se souvenir
que ce ne sont pas des animaux faits pour le soleil et les îles verdoyantes
comme Round Island. Notre malchance aura peut-être été de les rencontrer,
pour la première fois, dans un habitat qui n’est pas tout à fait le leur.
Ce sont des animaux des mers polaires, faits pour les eaux très froides,
et surtout les glaces de la banquise.
Ils sont capables de descendre jusqu’à 60 mètres de fond et de rester
5 à 15 minutes dans l’eau, sans venir respirer à la surface.
Leur face est d’une gravité comique. Leurs lèvres épaisses et souples
leur permettent de saisir, avec une surprenante délicatesse, toutes les chairs
des animaux très différents dont ils se nourrissent. Les morses peuvent même,
paraît-il, découper un poisson en laissant les arêtes.
Leur tête massive, où Millet a remarqué l’épaisseur de la boîte crânienne, contient peut-être un cerveau de taille modeste, mais en revanche
elle leur permet de briser la glace, même épaisse, en plein hiver. Leurs outils
les plus efficaces sont les deux défenses : des canines d’une résistance à toute
épreuve.
Il nous fallait nous rendre plus au nord, atteindre la zone des glaces
pour filmer les morses dans l’Arctique, et pour rencontrer les derniers
hommes dont la vie est liée à ces grands mammifères marins : les Eskimos.
« C est un os qui se termine par une zone cartilagineuse maintenue par
un ligament en trépied fixé sur l’os iliaque. Le muscle équivaut à quatre ou
cinq biceps humains : il fait pivot sur les ligaments et entraîne l’érection.
Le pénis sort du manchon. Pendant tout le temps de cette dissection, l’odeur
était effroyable.
« Il m’a fallu trois jours pour couper la tête avec une égoïne. J’ai
ouvert le crâne directement au niveau du front. Les parois sont tellement
épaisses qu’il reste très peu de place pour la matière cervicale.
Non seulement le développement crânien du morse est faible, mais son
équipement sensoriel est médiocre. Le toucher cependant est particulièrement
développé grâce à des « moustaches » : vibrisses remarquablement vascularisées et innervées^ C’est par leur entremise qu’il réussit probablement le
mieux à explorer le monde marin d’où il tire sa nourriture.
Malgré leur petite cervelle, les morses — nos rapports avec eux l’ont
prouvé par la suite — font preuve de beaucoup plus de discernement et
parfois d’affection que les éléphants de mer au milieu desquels nous avions
vécu.
Cette première rencontre avec les morses, il faut bien l’avouer, ne nous
avait pas inspiré une très grande sympathie pour eux. Leurs yeux injectés
de sang, leur air hargneux et volontiers lugubre, leur lourde mâchoire, leur
corpulence, leur donnent un peu l’air du père Ubu. Mais il faut se souvenir
que ce ne sont pas des animaux faits pour le soleil et les îles verdoyantes
comme Round Island. Notre malchance aura peut-être été de les rencontrer,
pour la première fois, dans un habitat qui n’est pas tout à fait le leur.
Ce sont des animaux des mers polaires, faits pour les eaux très froides,
et surtout les glaces de la banquise.
Ils sont capables de descendre jusqu’à 60 mètres de fond et de rester
5 à 15 minutes dans l’eau, sans venir respirer à la surface.
Leur face est d’une gravité comique. Leurs lèvres épaisses et souples
leur permettent de saisir, avec une surprenante délicatesse, toutes les chairs
des animaux très différents dont ils se nourrissent. Les morses peuvent même,
paraît-il, découper un poisson en laissant les arêtes.
Leur tête massive, où Millet a remarqué l’épaisseur de la boîte crânienne, contient peut-être un cerveau de taille modeste, mais en revanche
elle leur permet de briser la glace, même épaisse, en plein hiver. Leurs outils
les plus efficaces sont les deux défenses : des canines d’une résistance à toute
épreuve.
Il nous fallait nous rendre plus au nord, atteindre la zone des glaces
pour filmer les morses dans l’Arctique, et pour rencontrer les derniers
hommes dont la vie est liée à ces grands mammifères marins : les Eskimos.
