176 COMPAGNONS DE PLONGEE
En tout cas, il est bien connu que les morses avalent de petites pierres,
mais on ne sait pas si c’est pour faciliter le broyage des aliments, ou pour
tromper leur faim au cours de leurs migrations.
J’avais surnommé Round Island un « asile de vieillards » parce que,
lorsque nous y sommes passés, l’île n’abritait que des vieux mâles, vraisemblablement incapables de suivre la migration traditionnelle vers le Nord.
A cette époque, il n’y avait ni jeunes ni femelles sur l’île.
Le docteur Carlton Ray s’est rendu à Round Island en hiver : il y a vu
des femelles et des jeunes. Il faut donc admettre que cette île n’est pas toute
l’année un « asile de vieillards ». Les animaux en migration viennent y faire
escale, et seuls les vieux mâles y demeurent en permanence. D’ailleurs, les
morses ne sont pas, comme les éléphants de mer, de très grands nageurs.
Ils ne parcourent pas, comme eux, en nageant, de grandes distances dans
l’eau. Pour effectuer leurs migrations, ils se font pousser par les courants,
soit dans l’eau, soit au repos sur un glaçon. Ce sont des animaux typiquement
arctiques.
La couleur rose bonbon des animaux de Round Island contraste fortement avec la teinte marron des morses qui vivent plus au Nord. Il semble
que cette couleur un peu « porcine » ne soit pas seulement l’effet de l’âge,
mais qu’elle soit due à l’exposition au soleil, car ce sont des fanatiques des
bains de soleil. C’était l’été, et nous étions au sud du détroit de Béring,
il n’est pas étonnant que ces animaux attrapent des coups de soleil et
rougissent ; ils souffrent d’une congestion chronique de la peau.
Un jugement sévère
Le docteur Millet n’a pas éprouvé de sympathie pour les morses. Il est
vrai qu’il avait peut-être des raisons personnelles de leur tenir rigueur, il les
a un peu trop disséqués.
En explorant l’île, nous avons découvert deux cadavres de morses avec
deux paires de très belles défenses. Ils avaient été chassés à coups de fusil ;
sans doute n’avaient-ils été que blessés. Ils s’étaient réfugiés dans la mer,
et comme cela se passe pour tous les mammifères, leurs cadavres étaient
revenus au rivage.
— Armé d’un couteau très affûté, raconte Millet, j’ai voulu enlever
l’os pénien*, mais je n’ai jamais pu percer la peau. J’ai ouvert le ventre en
profitant de l’orifice sexuel. Je suis tombé sur une couche très grasse, et enfin,
sur un manchon muqueux qui cachait le pénis osseux.
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