164 COMPAGNONS DE PLONGEE
Crabes géants
Autre révélation de l’île de Kodiak : le King Crab. C’est un crustacé
dont le diamètre, les pattes étendues, dépasse un mètre. Les Américains en
ont entrepris la pêche intensive et ont installé des usines modèles pour en
faire des conserves.
Des énormes casiers, calés tout autour de l’île de Kodiak, capturent
ces bêtes énormes, et les chalutiers reviennent à quai, surchargés de ces
King Crab agitant des pattes et des pinces menaçantes. Le spectacle est
assez hallucinant et donne une idée de la richesse vivante de la mer. Toutes
ces armures qui cliquètent, cet entassement de carapaces où apparaît, çà et
là, la tache noire d’un œil, compose une masse grouillante et fantastique.
Les conserveries sont plus fantastiques encore : c’est un cauchemar
aseptisé et chirurgical, entièrement blanc où, sur un tapis roulant, les grands
crustacés passent entre une lame tranchante et un homme couvert d’un
tablier de plomb. Du même geste, cent fois par heure, en lançant son ventre
en avant, il pousse le crabe sur la lame qui ouvre la bête, donne la mort,
et sépare la chair de la carapace. Un équivalent des abattoirs de Chicago.
Mais à Kodiak, la main-d’œuvre est pour moitié esquimaude et pour moitié
japonaise.
Il paraît que cette exploitation industrielle du King Crab, ne met pas
encore l’espèce en danger. Les fonds de Kodiak sont particulièrement riches
et cette activité permet aux Eskimos d’accéder à un niveau de vie élevé, et
de trouver des emplois de pêcheurs, de patrons de chalutiers. Il n’est pas
rare de voir de bonnes faces réjouies mongoloïdes au-dessus du volant d’une
voiture de luxe. C’est un Eskimo qui a fait fortune.
Notre médecin, le docteur Millet, s’est particulièrement intéressé aux
King Crabs. Son désir était d’assister à un accouplement. Nous avons eu
beau plonger pour observer les crabes dans leur habitat, nous n’avons jamais
pu surprendre une scène d’amour. Millet, pourtant, la décrivait avec un luxe
de détails anatomiques, qui pouvait laisser espérer un spectacle de choix.
Malgré l’obstacle des carapaces, le rapprochement entre les sexes est
relativement facile en raison des organes perfectionnés dont disposent le
mâle et la femelle. La scène doit être pittoresque, si l’on songe que les
acteurs ont un mètre de large et dix appendices, sur lesquels ils marchent
comme sur des échasses. Chez le mâle, un de ces appendices est un organe
copulateur, dans lequel est situé un canal éjaculateur, par lequel passe le
sperme. Le bras articulé, segmenté, est terminé par une petite brosse. Il se
glisse sous la carapace de la femelle, à l’arrière, atteint l’oviducte qui est
également entouré d’une couronne de poils. Le bras copulateur du mâle
Crabes géants
Autre révélation de l’île de Kodiak : le King Crab. C’est un crustacé
dont le diamètre, les pattes étendues, dépasse un mètre. Les Américains en
ont entrepris la pêche intensive et ont installé des usines modèles pour en
faire des conserves.
Des énormes casiers, calés tout autour de l’île de Kodiak, capturent
ces bêtes énormes, et les chalutiers reviennent à quai, surchargés de ces
King Crab agitant des pattes et des pinces menaçantes. Le spectacle est
assez hallucinant et donne une idée de la richesse vivante de la mer. Toutes
ces armures qui cliquètent, cet entassement de carapaces où apparaît, çà et
là, la tache noire d’un œil, compose une masse grouillante et fantastique.
Les conserveries sont plus fantastiques encore : c’est un cauchemar
aseptisé et chirurgical, entièrement blanc où, sur un tapis roulant, les grands
crustacés passent entre une lame tranchante et un homme couvert d’un
tablier de plomb. Du même geste, cent fois par heure, en lançant son ventre
en avant, il pousse le crabe sur la lame qui ouvre la bête, donne la mort,
et sépare la chair de la carapace. Un équivalent des abattoirs de Chicago.
Mais à Kodiak, la main-d’œuvre est pour moitié esquimaude et pour moitié
japonaise.
Il paraît que cette exploitation industrielle du King Crab, ne met pas
encore l’espèce en danger. Les fonds de Kodiak sont particulièrement riches
et cette activité permet aux Eskimos d’accéder à un niveau de vie élevé, et
de trouver des emplois de pêcheurs, de patrons de chalutiers. Il n’est pas
rare de voir de bonnes faces réjouies mongoloïdes au-dessus du volant d’une
voiture de luxe. C’est un Eskimo qui a fait fortune.
Notre médecin, le docteur Millet, s’est particulièrement intéressé aux
King Crabs. Son désir était d’assister à un accouplement. Nous avons eu
beau plonger pour observer les crabes dans leur habitat, nous n’avons jamais
pu surprendre une scène d’amour. Millet, pourtant, la décrivait avec un luxe
de détails anatomiques, qui pouvait laisser espérer un spectacle de choix.
Malgré l’obstacle des carapaces, le rapprochement entre les sexes est
relativement facile en raison des organes perfectionnés dont disposent le
mâle et la femelle. La scène doit être pittoresque, si l’on songe que les
acteurs ont un mètre de large et dix appendices, sur lesquels ils marchent
comme sur des échasses. Chez le mâle, un de ces appendices est un organe
copulateur, dans lequel est situé un canal éjaculateur, par lequel passe le
sperme. Le bras articulé, segmenté, est terminé par une petite brosse. Il se
glisse sous la carapace de la femelle, à l’arrière, atteint l’oviducte qui est
également entouré d’une couronne de poils. Le bras copulateur du mâle
