LE GRAND DEPART 155
pas la sympathie. Il se déplace comme une grosse limace et, surtout, il hurle
à tout propos et hors de propos. Enfin, il sent mauvais. Tout, autour de lui,
sent mauvais. Il faut bien reconnaître que tout cela ne plaide pas en sa
faveur.
11 nous a fallu surmonter cette première impression pour découvrir les
qualités réelles de ces énormes créatures victimes de leur gigantisme.
Nous avons été sensibles à leur courage, à leur amour de la liberté.
Leur destin est souvent tragique, leurs amours sont difficiles. Ils nous ont
fréquemment apitoyés.
Leur taille, hors du commun, en fait des caprices de la nature. Les
baleiniers, dans le passé, en ont tué qui atteignaient 8 mètres de long. Ce
n’est pas toujours facile de vivre quand on n’est pas comme les autres.
Leur tête peut paraître inexpressive et stupide. Pourtant, nous avons
appris à deviner toute la gamme des sentiments qui peuvent l’animer :
tendresse pour les femelles, douceur béate de la sieste au soleil, fureur dans
le combat, méfiance et haine pour les rivaux. Ces gros sacs de cuir cachent
une grande richesse d’émotions qu’il faut savoir pressentir. On s’aperçoit
alors qu’ils ont un psychisme et un comportement plus étendus que ceux
de beaucoup d’autres mammifères.
Ils ont choisi de se lancer dans la mer, cette mer où nous autres
plongeurs ne sommes que des nouveaux venus. Mieux que d’autres, nous
pouvons mesurer combien leur adaptation à la vie marine est admirable.
Mais les éléphants de mer n’ont pas fini de vivre un drame. Totalement
protégés par les autorités mexicaines, ils se multiplient très rapidement. Les
plages de Guadalupe, qui furent leur refuge amoureux, ne suffisent plus à
les accueillir chaque hiver, lorsque pour eux, le moment est venu de vivre
à terre.
Désormais, ils fondent de nouvelles colonies sur des rivages jadis fréquentés par leurs ancêtres, dans d’autres îles, et certains groupes s’aventurent
même jusque sur les bords de l’Alaska. Mais, partout, ils se heurtent à la
civilisation du xxP siècle. Au large de la Californie, ils sont victimes de la
pollution due au pétrole dans la mer. Et, surtout, l’homme est là, toujours
présent, avec sa curiosité maladroite, sa brutalité indiscrète. Un peu partout,
ils sont en butte aux touristes, aux badauds, aux pécheurs qui viennent
troubler la paix fragile qui leur est indispensable pour maintenir une nouvelle
colonie. Certes, ils ont été défendus contre la férocité des baleiniers, mais
les voici, une fois encore, à la merci des hommes.
pas la sympathie. Il se déplace comme une grosse limace et, surtout, il hurle
à tout propos et hors de propos. Enfin, il sent mauvais. Tout, autour de lui,
sent mauvais. Il faut bien reconnaître que tout cela ne plaide pas en sa
faveur.
11 nous a fallu surmonter cette première impression pour découvrir les
qualités réelles de ces énormes créatures victimes de leur gigantisme.
Nous avons été sensibles à leur courage, à leur amour de la liberté.
Leur destin est souvent tragique, leurs amours sont difficiles. Ils nous ont
fréquemment apitoyés.
Leur taille, hors du commun, en fait des caprices de la nature. Les
baleiniers, dans le passé, en ont tué qui atteignaient 8 mètres de long. Ce
n’est pas toujours facile de vivre quand on n’est pas comme les autres.
Leur tête peut paraître inexpressive et stupide. Pourtant, nous avons
appris à deviner toute la gamme des sentiments qui peuvent l’animer :
tendresse pour les femelles, douceur béate de la sieste au soleil, fureur dans
le combat, méfiance et haine pour les rivaux. Ces gros sacs de cuir cachent
une grande richesse d’émotions qu’il faut savoir pressentir. On s’aperçoit
alors qu’ils ont un psychisme et un comportement plus étendus que ceux
de beaucoup d’autres mammifères.
Ils ont choisi de se lancer dans la mer, cette mer où nous autres
plongeurs ne sommes que des nouveaux venus. Mieux que d’autres, nous
pouvons mesurer combien leur adaptation à la vie marine est admirable.
Mais les éléphants de mer n’ont pas fini de vivre un drame. Totalement
protégés par les autorités mexicaines, ils se multiplient très rapidement. Les
plages de Guadalupe, qui furent leur refuge amoureux, ne suffisent plus à
les accueillir chaque hiver, lorsque pour eux, le moment est venu de vivre
à terre.
Désormais, ils fondent de nouvelles colonies sur des rivages jadis fréquentés par leurs ancêtres, dans d’autres îles, et certains groupes s’aventurent
même jusque sur les bords de l’Alaska. Mais, partout, ils se heurtent à la
civilisation du xxP siècle. Au large de la Californie, ils sont victimes de la
pollution due au pétrole dans la mer. Et, surtout, l’homme est là, toujours
présent, avec sa curiosité maladroite, sa brutalité indiscrète. Un peu partout,
ils sont en butte aux touristes, aux badauds, aux pécheurs qui viennent
troubler la paix fragile qui leur est indispensable pour maintenir une nouvelle
colonie. Certes, ils ont été défendus contre la férocité des baleiniers, mais
les voici, une fois encore, à la merci des hommes.
