150 COMPAGNONS DE PLONGEE
la bouée. Il n’était pas question de lui lancer un harpon léger qui pénétrerait
seulement dans la couche de lard, comme nous l’avions fait pour les baleines.
Nous risquons de le blesser sérieusement : les éléphants de mer sont plus
fragiles que les grands cétacés. Il fallait trouver un autre moyen.
C’est Philippe qui se chargea de « l’opération bouée ». Il réussit à fixer
avec un fil de nylon un flotteur rouge aux membres postérieurs d’un assez
beau mâle. Celui-ci affolé par cet accessoire qu’il traînait derrière lui, se
précipita à la mer, où le zodiac et les plongeurs l’attendaient. Une course
éperdue s’engagea. Au lieu de gagner le large, l’éléphant s’obstina à se
glisser entre tous les rochers qui bordaient la rive, remorquant la bouée qui
sautait d’un caillou à l’autre. Le zodiac avait beaucoup de mal à le suivre
dans cette course d’obstacles, et il risquait de percuter à vive allure, les rocs
immergés. Finalement, la remorque cassa et la bouée rouge, après avoir sauté
en l’air, alla rebondir sur la plage. C’était encore un échec. Décidément, les
éléphants de mer se montraient plutôt récalcitrants.
C'est alors que nous avons songé à recourir à la soucoupe plongeante,
pour surprendre les animaux en profondeur. En effet, nous nous apercevions
souvent qu’ils plongeaient vers les grands fonds. Nous savions qu’ils pouvaient rester neuf à dix minutes en apnée et descendre beaucoup plus bas
qu'un plongeur. La tentative pouvait être décisive. C’était peut-être parce
qu’ils cherchaient leur nourriture la nuit que nous ne les voyions jamais
manger.
La soucoupe plongeante monoplace, surnommée « puce de mer », fut
donc mise à l’eau à minuit avec André Laban comme pilote. Mais une voie
d’eau se déclara, et à une heure du matin, la puce fut hissée à bord de la
Calypso.
C’est le 4 février à 21 heures que Laban descendit de nouveau explorer
les fonds à bord de la soucoupe. Après avoir franchi la limite des algues
où erraient quelques éléphants somnolents, mais qui, manifestement, ne
broutaient pas, il atteignit la zone de 80 à 100 mètres, où ses phares n’éclairèrent qu’un chaos de roches et de galets, et aussi de nombreuses coquilles
vides d’ormeaux.
A cet instant ses phares s’éteignirent. Laban se trouva brusquement
dans une obscurité complète, tous moteurs stoppés, à 100 mètres de fond.
Les plombs avaient sauté. Il put prévenir la Calypso par téléphone sousmarin.
— Je remonte, je n’ai plus de jus. Terminé.
Un chaland partit aussitôt pour récupérer la soucoupe en surface. Mais
la nuit était très noire. Aucune lueur n’émanait de la soucoupe qui était
bien arrivée en surface, mais que le chaland ne parvenait pas à trouver.
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