146 COMPAGNONS DE PLONGEE
Les éléphants n’ont aucune difficulté à distancer les plongeurs. Ils les
regardent venir ; leur vue est excellente et leur champ de vision dans l’eau
étendu. Si les plongeurs s’approchent, ils partent en ondulant doucement.
Il leur suffit de trois coups de « nageoire » pour disparaître.
Dans l’eau, ils n’ont pratiquement plus de poids. Leur énorme masse
cesse d’être une malédiction pour eux. Ces mammifères, merveilleusement
adaptés à la vie aquatique, sont chez eux dans la mer.
Chaque fois que nous rencontrons des animaux qui, après avoir vécu
sur la terre, ont choisi de vivre dans l’eau, comme les otaries, les cachalots,
les dauphins, nous sommes un peu envieux, car leurs performances, dépassent
de beaucoup celles des hommes qui ont recours, pourtant, à toutes les
ressources de la technique moderne. Notre seule ambition, pour le moment,
est de faire des mammifères marins nos compagnons de plongée.
Yves Orner est parvenu à acculer un mâle dans un creux de rocher,
et il le filme en gros plan. Le décor est excellent. Derrière l’éléphant
s’ouvre une grotte marine toute tapissée d’algues qui bougent doucement,
obéissant à la houle. Une vague plus forte pousse Orner vers l’animal qui
s’affole et fonce, gueule ouverte. Ce jour-là, une autre caméra sous-marine
est écrasée.
Il arrive qu’on rencontre en surface un animal endormi. Avec un peu
d’adresse, on peut s’approcher de lui jusqu’à lui tirer les moustaches, ce
qui le fait sursauter et disparaître. C’était le jeu favori de Sumian, qui
d’ailleurs s’est fait mordre, mais légèrement. Il est vrai que, lui, le saisissait
par les pattes arrière.
Aussitôt après l’époque des naissances, les animaux ont à subir la mue.
C’est un peu une malédiction. Ils deviennent alors très laids et semblent
avoir la pelade. Ils se dépouillent par plaques en commençant par la tête
et en finissant par la queue. Leurs poils repoussent, mais ils sont très courts.
Ils ne changent pas seulement de poils, mais de peau, et aucun d’eux ne
quittera l’île avant que sa mue soit entièrement achevée. Mais le spectacle
du troupeau sur les rivages de Guadalupe est devenu lamentable. Tous ces
animaux, dont le pelage pend tristement, évoquent des clochards en haillons.
Ils semblent d’ailleurs gênés par ce qui leur arrive. Ils sont devenus des
monstres rosâtres qui geignent et grognent. Les plus petits, pour accélérer
la dépilation, se roulent et se vautrent sur les galets.
Chez la plupart des animaux, l’époque de la mue est un mauvais
moment à passer. Ici, il s’agit d’une véritable maladie qui dure plusieurs
semaines, et dont les animaux souffrent. Des zoologistes ont observé que
pendant toute la durée de la mue, les mammifères marins subissaient des
accès de fièvre.
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