UN BOULEVERSEMENT DES TERRITOIRES 135
éprouver pour l’homme cette attirance instinctive qu’éprouvent beaucoup de
petits mammifères « orphelins ».
Du vin contre des langoustes
Le séjour de nos trois camarades sur l’île s’est passé sans incident, mais
il fut souvent assez rude. Ils furent particulièrement sensibles au contraste
entre les rochers sans un brin d’herbe et l'extraordinaire richesse de la végétation dans l’eau. Un énorme manteau d’algues recouvre tous les rochers
immergés et les fonds jusqu’à une vingtaine de mètres.
Faire le tour complet de l’île était déjà une expédition. Il leur fallut
deux jours pleins pour y parvenir. Mais cette inspection de leur domaine
leur valut de découvrir une population de phoques, installée sur la face nord.
Ils ne dérangèrent pas les animaux, puisque le film devait être uniquement
consacré aux éléphants.
Dans son ensemble, l’île était rouge, désertique, volcanique, entourée
de falaises noires et de sable brunâtre.
Derrière le camp s’ouvrait une grande faille aux murs à pic, qui entaillait la montagne : elle était encombrée de rochers énormes. On y montait
difficilement à travers les éboulis.
Des pêcheurs mexicains s’installèrent dans le voisinage. D’excellentes
relations se nouèrent avec eux. Ils pêchaient les langoustes et les échangeaient contre le vin que Morgan avait libéralement accordé à la mission
« Eléphants ».
Quand la Calypso revint, au bout d’un peu plus d’une semaine, les
Robinsons de Guadalupe envisagèrent avec plaisir de quitter leurs éléphants
qui avaient fini par leur paraître bruyants, et surtout nauséabonds.
Aussitôt, ce fut au tour de Philippe et de Michel Deloire de descendre
à terre pour tenter de tourner de nouvelles séquences. Ils découvrirent un
petit éléphanteau blessé et le ramenèrent à bord de la Calypso pour le
soigner.
Il mesurait environ deux mètres. Il gigotait beaucoup, et il essayait
de mordre. Aussi, a-t-il fallu le ligoter pour panser une vilaine plaie qu’il
portait au front. Puis on l’a ramené à terre ; nous n’avons jamais su si nos
soins lui avaient permis de survivre.
Il ne reste plus, pour achever le film, qu’à tourner quelques raccords.
Il faut aussi tenter d’observer avec la soucoupe plongeante les évolutions
des Mirounga à grande profondeur. Ils sont capables, paraît-il, de descendre
jusqu’à 300 mètres.
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