134 COMPAGNONS DE PLONGEE
est possible que la surpopulation ait modifié le comportement animal et ait
étouffé chez les femelles l’amour pour leurs petits.
Quand la deuxième équipe s’est installée sur l’île de Guadalupe, les
naissances avaient commencé. Un peu partout, on pouvait voir s’entasser
la masse des placentas. Les mères ne le mangent pas et quelquefois le petit
le traîne derrière lui. Ce sont les mouettes qui piquent vers la plage avec
de grands cris et s’en emparent.
Il est certain que les femelles accouchent à terre et non dans la mer.
Chacune ne donne naissance qu’à un seul petit qui mesure 80 centimètres
et pèse de 15 à 20 kilos. Comme les bébés dauphins, les jeunes phoques
viennent au monde non pas la tête en avant, mais la queue la première. A
leur naissance, ils sont presque aveugles et incapables de se déplacer.
Les éléphanteaux, qui pèseront plusieurs tonnes et vivront vingt ou trente
ans, sont très vulnérables dans leur jeune âge. Les petits sont très mignons,
tout noirs. Ils ont la tête un peu pointue. Les yeux sont marron foncé. Quand
ils se mettent à se gratter ou à faire des mines, ils sont très drôles.
Devenus plus grands, ils barbotent à la limite des vagues, suivant les
mouvements de la marée, et essaient leurs forces dans des flaques d’eau au
bord du rivage. Ce sont d’anciens animaux terrestres convertis à la vie
marine il y a quelque 20 millions d’années : aussi, ne savent-ils pas nager
d’instinct, ils doivent apprendre tout seuls, leur mère ne les aide pas, mais
parfois elle reste auprès d’eux pendant les premiers essais. Il arrive aux petits
d’être emportés par les vagues et de se noyer. On trouve leurs cadavres non
seulement écrasés sur la plage, mais aussi au fond de l’eau, tout le long du
rivage.
Philippe et Canoé ont sauvé un de ces jeunes, qui était bel et bien en
train de se noyer : c’était un nouveau-né, mais il pesait déjà une vingtaine
de kilos. On l’examine avec soin, il ne paraît pas blessé. Comment retrouver
la mère parmi les milliers de femelles allongées sur la plage?.. Philippe
décide de le lâcher au milieu de la colonie et de le suivre pour voir ce qu’il
va faire. Une affreuse aventure commence. Il faut qu’il trouve une mère
qui accepte de le nourrir, sinon il est condamné à une mort certaine ; quand
les femelles ont du lait, elles sont prêtes à donner à téter à n’importe quel
bébé, mais il faut qu’elles en éprouvent le besoin, sinon elles restent sourdes
aux plaintes les plus déchirantes de l’éléphanteau abandonné.
Finalement le bébé protégé de Philippe et Canoé a trouvé une nourrice.
Il a pu téter mais nous ne savons pas ensuite ce qu’il est devenu. C’est
vainement que dans cette foule nous avons essayé de nous intéresser particulièrement à un jeune et d’éveiller en lui des sentiments d’affection. Toutes
ces petites têtes en boule se ressemblent et les éléphanteaux ne semblent pas
Précédent

- 135/307

Suivant