UN BOULEVERSEMENT DES TERRITOIRES 119
l’espèce n’est plus en danger, mais les Mirounga angustirostris se sont multipliés, en même temps que se réduisait énormément l’espace où ils pouvaient
prendre terre sans être dérangés par la civilisation. Ce fut un des sauvetages
les plus spectaculaires qui se soit produit dans le monde animal, et peut-être
a-t-il même dépassé son but.
Ces animaux passent plus de sept mois de l’année en pleine mer. Ce
sont des nageurs infatigables. Mais, une fois par an, à la saison des amours
et des naissances, il faut qu’ils reviennent séjourner sur un rivage pour
s’accoupler et élever les petits. Les Mirounga n’ont plus qu’un seul endroit
au monde où ils puissent vivre à terre : cette île de Guadalupe qui leur a été
réservée. Mais, désormais, l’abondance des animaux sur un si petit espace,
pose de nouveaux problèmes. On ne peut pas, impunément, manipuler les
êtres vivants : les massacrer, puis les multiplier. On bouleverse ainsi des règles
de vie, des conditions écologiques que l’espèce a elle-même forgées au cours
de milliers d’années, et qui sont indispensables à son équilibre et à sa vie
sociale. Ces bouleversements sont particulièrement sensibles chez les animaux
qui vivent en groupe, comme les Mirounga et... les hommes.
Autrefois, leur structure sociale était très précise. L’éléphant de mer,
le mâle, régnait sur un harem d’une douzaine de femelles. Il les maintenait
dans un secteur déterminé de la plage, qui était son territoire et qu’il
défendait farouchement.
Surpopulation
Les observations faites jusqu’ici par les zoologistes portaient sur une
population beaucoup moins dense. Les éléphants constituaient une société
hiérarchisée. Aujourd’hui, on ne peut plus distinguer les structures sociales
chez des animaux entassés les uns sur les autres. Les lois régissant la colonie
ont été altérées par le développement de la population.
Nous voyons bien maintenant que cette défense territoriale nécessaire,
logique, n’est plus possible. Les animaux, mâles, femelles, bébés sont entassés.
De temps à autre, un mâle lance un défi, et n’importe quel autre mâle lui
répond. Se dressant presque de toute leur taille, ils se livrent alors à d’invraisemblables contorsions, en prenant appui sur l’arrière de leur corps. Il leur
arrive de se soulever verticalement pour se laisser tomber de toute leur masse
sur l’adversaire. Mais cette agressivité n’a plus de sens.
Les mâles se battent moins pour défendre un territoire, pour garder
ou conquérir une femelle, que pour exercer leur violence et satisfaire une
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