118 COMPAGNONS DE PLONGEE
Des femelles trop pudiques
En effet, au cours de ces premiers jours passés entre la Calypso et l’île
pour établir un plan d’ensemble du film sur les éléphants de mer, j’avais
espéré que l’accouchement d’une femelle serait le clou du film. Mais c’était
compter sans la pudeur de ces animaux, qui est assurément très grande. Tout
le monde a déployé les efforts les plus méritoires sans parvenir à surprendre
cette scène capitale. Je suis maintenant persuadé que les femelles éléphants
comme beaucoup de mammifères sauvages, n’accouchent que lorsqu’elles
jugent les conditions favorables et particulièrement la nuit.
Caillart écrit encore dans son journal :
« Lundi 30 décembre. J’accompagne les équipes qui partent à terre le
matin. Je suis recruté pour guetter un accouchement à la jumelle, mais mon
guet est infructueux.
« Michel Deloire filme une belle scène d’amour, et Philippe réussit à
prendre une longue bataille entre deux mâles très sanglants.
« Nous croisons des mâles bien amochés, avec des trompes à moitié
arrachées. Les plongeurs continuent à évoluer en profondeur, et les éléphants
semblent s’habituer à eux. Orner assiste à une scène d’amour dans l’eau. Il
voit aussi une grande bête — orque, requin ? — qui sonde à la verticale. »
Batailles
J’avais été frappé, dès notre arrivée à Guadalupe, par la surabondance
des éléphants de mer, dont la masse noirâtre couvrait littéralement toutes
les plages. Philippe confirme qu’il y en a encore beaucoup plus que l’année
passée. A terre, cette impression d’entassement, de désordre était encore
bien plus évidente. Les gros mâles, en gagnant le bord de la mer, écrasaient
les bébés qui hurlaient. Parfois, les petits reparaissaient vivants après le
passage de ce rouleau compresseur, parce qu’ils sont encore très souples,
très mous, presque élastiques, mais d’autres meurent, véritablement laminés.
Les mâles ne daignent même pas regarder ce qu’ils écrasent.
A vrai dire, ils ont d’autres soucis. J’ai vite compris que ces grands
animaux souffraient de la situation nouvelle dans laquelle ils se trouvaient.
Autrefois, ils vivaient sur toute la côte Pacifique, depuis le Grand
Nord jusqu’au golfe de Panama. Ils y ont été dérangés par les hommes et,
maintenant, ils n’y vont plus. Il y a 60 ans, ils avaient pratiquement disparu.
C’est en 1911 qu’ils ont été totalement protégés. Depuis lors, non seulement
Des femelles trop pudiques
En effet, au cours de ces premiers jours passés entre la Calypso et l’île
pour établir un plan d’ensemble du film sur les éléphants de mer, j’avais
espéré que l’accouchement d’une femelle serait le clou du film. Mais c’était
compter sans la pudeur de ces animaux, qui est assurément très grande. Tout
le monde a déployé les efforts les plus méritoires sans parvenir à surprendre
cette scène capitale. Je suis maintenant persuadé que les femelles éléphants
comme beaucoup de mammifères sauvages, n’accouchent que lorsqu’elles
jugent les conditions favorables et particulièrement la nuit.
Caillart écrit encore dans son journal :
« Lundi 30 décembre. J’accompagne les équipes qui partent à terre le
matin. Je suis recruté pour guetter un accouchement à la jumelle, mais mon
guet est infructueux.
« Michel Deloire filme une belle scène d’amour, et Philippe réussit à
prendre une longue bataille entre deux mâles très sanglants.
« Nous croisons des mâles bien amochés, avec des trompes à moitié
arrachées. Les plongeurs continuent à évoluer en profondeur, et les éléphants
semblent s’habituer à eux. Orner assiste à une scène d’amour dans l’eau. Il
voit aussi une grande bête — orque, requin ? — qui sonde à la verticale. »
Batailles
J’avais été frappé, dès notre arrivée à Guadalupe, par la surabondance
des éléphants de mer, dont la masse noirâtre couvrait littéralement toutes
les plages. Philippe confirme qu’il y en a encore beaucoup plus que l’année
passée. A terre, cette impression d’entassement, de désordre était encore
bien plus évidente. Les gros mâles, en gagnant le bord de la mer, écrasaient
les bébés qui hurlaient. Parfois, les petits reparaissaient vivants après le
passage de ce rouleau compresseur, parce qu’ils sont encore très souples,
très mous, presque élastiques, mais d’autres meurent, véritablement laminés.
Les mâles ne daignent même pas regarder ce qu’ils écrasent.
A vrai dire, ils ont d’autres soucis. J’ai vite compris que ces grands
animaux souffraient de la situation nouvelle dans laquelle ils se trouvaient.
Autrefois, ils vivaient sur toute la côte Pacifique, depuis le Grand
Nord jusqu’au golfe de Panama. Ils y ont été dérangés par les hommes et,
maintenant, ils n’y vont plus. Il y a 60 ans, ils avaient pratiquement disparu.
C’est en 1911 qu’ils ont été totalement protégés. Depuis lors, non seulement
