CAPITAINE DE LA CALYPSO
causes et les étapes de la catastrophe. On imagine les marins
affolés par la tempête, hurlant dans l’ouragan, peut-être
résignés à l’instant de sombrer...
Et il y a la curiosité scientifique. Le besoin de savoir. J’aime
découvrir, à travers les indices que la mer et le sable ont
gardés, comment vivaient nos ancêtres, ce qu’ils mettaient
dans leurs cales (nourriture, vêtements, outils, meubles, objets
d’art, etc.). J’ai du plaisir à ordonner un chantier de fouilles et
à retrouver par le raisonnement la structure du bateau perdu.
J’imagine le commandant, les marins, les passagers. J’essaie
de me les représenter vivants, heureux de naviguer (quand ce
n’étaient pas des galériens!), avant l’instant du malheur... Il
me semble alors que je partage une partie de leur existence, et
que je participe à la grande aventure de l’humanité.
Le Hou Hop se faufile avec élégance parmi les écueils des îles
Lavezzi. Ces cailloux ont envoyé par le fond bien des navires,
depuis les galères phéniciennes jusqu’aux cargos actuels. Je
tremble quand je vois, dans les bouches de Bonifacio, des
pétroliers de cent mille tonnes frôler les rochers. Si l’un d’eux,
dans la tempête ou à la suite d’une fausse manœuvre, ou parce
que son capitaine est ivre — cela s’est vu —, s’éventrait sur un
récif, la marée noire qui suivrait polluerait pour des décennies
ces rivages fragiles et enchanteurs...
Nous aurions aimé, mes amis et moi, nous payer pour ces
fouilles le déjà fameux scaphandre autonome CousteauGagnan. Nous en avons entendu parler. Nous savons qu’en
1943-1944 le commandant Jacques-Yves Cousteau et son ami
l’ingénieur Emile Gagnan ont résolu le problème qui préoccupait les concepteurs de scaphandres depuis plus d’un siècle. En
adaptant sur des bouteilles d’air comprimé un détendeur « à la
demande » relié à une membrane manométrique, Cousteau et
Gagnan ont démontré qu’il est possible de faire arriver dans la
bouche du scaphandrier de l’air sous une pression exactement
identique à celle de 1 eau environnante, à quelque profondeur
que 1 homme se trouve. Finis les problèmes de sous-pression
(impossible d inspirer : la cage thoracique est écrasée) ou de
80
causes et les étapes de la catastrophe. On imagine les marins
affolés par la tempête, hurlant dans l’ouragan, peut-être
résignés à l’instant de sombrer...
Et il y a la curiosité scientifique. Le besoin de savoir. J’aime
découvrir, à travers les indices que la mer et le sable ont
gardés, comment vivaient nos ancêtres, ce qu’ils mettaient
dans leurs cales (nourriture, vêtements, outils, meubles, objets
d’art, etc.). J’ai du plaisir à ordonner un chantier de fouilles et
à retrouver par le raisonnement la structure du bateau perdu.
J’imagine le commandant, les marins, les passagers. J’essaie
de me les représenter vivants, heureux de naviguer (quand ce
n’étaient pas des galériens!), avant l’instant du malheur... Il
me semble alors que je partage une partie de leur existence, et
que je participe à la grande aventure de l’humanité.
Le Hou Hop se faufile avec élégance parmi les écueils des îles
Lavezzi. Ces cailloux ont envoyé par le fond bien des navires,
depuis les galères phéniciennes jusqu’aux cargos actuels. Je
tremble quand je vois, dans les bouches de Bonifacio, des
pétroliers de cent mille tonnes frôler les rochers. Si l’un d’eux,
dans la tempête ou à la suite d’une fausse manœuvre, ou parce
que son capitaine est ivre — cela s’est vu —, s’éventrait sur un
récif, la marée noire qui suivrait polluerait pour des décennies
ces rivages fragiles et enchanteurs...
Nous aurions aimé, mes amis et moi, nous payer pour ces
fouilles le déjà fameux scaphandre autonome CousteauGagnan. Nous en avons entendu parler. Nous savons qu’en
1943-1944 le commandant Jacques-Yves Cousteau et son ami
l’ingénieur Emile Gagnan ont résolu le problème qui préoccupait les concepteurs de scaphandres depuis plus d’un siècle. En
adaptant sur des bouteilles d’air comprimé un détendeur « à la
demande » relié à une membrane manométrique, Cousteau et
Gagnan ont démontré qu’il est possible de faire arriver dans la
bouche du scaphandrier de l’air sous une pression exactement
identique à celle de 1 eau environnante, à quelque profondeur
que 1 homme se trouve. Finis les problèmes de sous-pression
(impossible d inspirer : la cage thoracique est écrasée) ou de
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