CAPITAINE DE LA CALYPSO
est : une agitation, une frénésie d’humains qui n’ont d’autre
espoir que l’irrationnel.
Les difficultés d’Haïti — économiques autant qu’écologiques — paraissent réellement insolubles. La population, trop
nombreuse, finit d’abîmer le cadre naturel dont elle aurait
besoin pour se sortir de l’impasse. On a coupé les forêts pour
gagner des terres cultivables et obtenir du bois de feu.
Résultat : la terre arable, balayée par les pluies que les racines
des arbres ne retiennent plus, est partie au fil des torrents et
des rivières. Haïti se transforme en désert. Comble de malheur : cette terre fertile qui manque aux champs et aux jardins
va s’accumuler dans la mer, où elle tue les bancs de coraux et
les poissons qui en dépendent. Les pêcheurs haïtiens, quand ils
osent sortir dans leurs misérables pirogues, ne prennent plus
que de minuscules poissons qui ne nourrissent pas leurs
familles.
Je suis pessimiste. Je ne sais ce qu’il adviendra de cette île,
qui fut riche et belle quand elle n’était peuplée que d’indiens
Caraïbes. Je me dis que, pour remonter la pente du sousdéveloppement, les Haïtiens auront besoin à la fois de
beaucoup de démocratie, de beaucoup d’éducation et de
beaucoup d’aide internationale.
Cuba, la grande île voisine d’Haïti, n’a pas le même genre
de problèmes. Nous la visitons d’octobre à décembre 1985.
Quel contraste !
Dans le domaine des libertés publiques, certes, la terre
cubaine n’a rien d’un paradis. Mais le pays gère bien ses
ressources aquatiques. A Haïti, les fonds sont ravagés par une
pêche intensive ininterrompue. A Cuba, probablement grâce à
l’autoritarisme planificateur du régime communiste, les zones
marines ont été divisées en parcelles qui sont exploitées à tour
de rôle. Et la pêche est interdite pendant les périodes de
reproduction des animaux : tout juste ce que, avec Cousteau,
nous réclamons depuis toujours... Cette sagesse permet aux
Cubains de relever des filets remplis d’excellents poissons de
toutes sortes (mérous, capitaines, grogneurs...), et d’exporter
374
est : une agitation, une frénésie d’humains qui n’ont d’autre
espoir que l’irrationnel.
Les difficultés d’Haïti — économiques autant qu’écologiques — paraissent réellement insolubles. La population, trop
nombreuse, finit d’abîmer le cadre naturel dont elle aurait
besoin pour se sortir de l’impasse. On a coupé les forêts pour
gagner des terres cultivables et obtenir du bois de feu.
Résultat : la terre arable, balayée par les pluies que les racines
des arbres ne retiennent plus, est partie au fil des torrents et
des rivières. Haïti se transforme en désert. Comble de malheur : cette terre fertile qui manque aux champs et aux jardins
va s’accumuler dans la mer, où elle tue les bancs de coraux et
les poissons qui en dépendent. Les pêcheurs haïtiens, quand ils
osent sortir dans leurs misérables pirogues, ne prennent plus
que de minuscules poissons qui ne nourrissent pas leurs
familles.
Je suis pessimiste. Je ne sais ce qu’il adviendra de cette île,
qui fut riche et belle quand elle n’était peuplée que d’indiens
Caraïbes. Je me dis que, pour remonter la pente du sousdéveloppement, les Haïtiens auront besoin à la fois de
beaucoup de démocratie, de beaucoup d’éducation et de
beaucoup d’aide internationale.
Cuba, la grande île voisine d’Haïti, n’a pas le même genre
de problèmes. Nous la visitons d’octobre à décembre 1985.
Quel contraste !
Dans le domaine des libertés publiques, certes, la terre
cubaine n’a rien d’un paradis. Mais le pays gère bien ses
ressources aquatiques. A Haïti, les fonds sont ravagés par une
pêche intensive ininterrompue. A Cuba, probablement grâce à
l’autoritarisme planificateur du régime communiste, les zones
marines ont été divisées en parcelles qui sont exploitées à tour
de rôle. Et la pêche est interdite pendant les périodes de
reproduction des animaux : tout juste ce que, avec Cousteau,
nous réclamons depuis toujours... Cette sagesse permet aux
Cubains de relever des filets remplis d’excellents poissons de
toutes sortes (mérous, capitaines, grogneurs...), et d’exporter
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