CAPITAINE DE LA CALYPSO
béton sur la quasi-totalité de son cours. Il a cessé d’être un
personnage liquide capricieux, généreux, coléreux, imprévisible, susceptible de débordements formidables, pour devenir un
canal. Dans certains endroits, on en est à couler des kilomètres
de plaques de béton armé pour fixer le fond du lit... Inutile de
dire que, dans ces conditions, la vie aquatique s’appauvrit.
D’autant que le fleuve est un des plus pollués du monde : les
villes y déversent une partie de leurs eaux d’égout ; les usines y
crachent des effluents toxiques ; le ruissellement y apporte les
excès d’engrais et les pesticides des agriculteurs. Saint Louis,
Memphis, Cairo, Greenville, Vicksburg, Bâton Rouge, La
Nouvelle-Orléans... Cette dernière ville, où nous sommes
accueillis comme des princes dans le quartier français, est,
hélas ! une des plus polluées des Etats-Unis.
Il ne reste que le delta (et encore, en partie) pour rappeler la
splendeur perdue du fleuve. Nous nous perdons en Zodiac
dans les chenaux (bayous) où les alligators redeviennent
nombreux : ces reptiles, protégés après avoir manqué disparaître à cause de la chasse, ont tendance à proliférer. Je guette, en
compagnie de Dominique Sumian, le vol des aigrettes
blanches, des ibis rouges, des anhingas et des pélicans bruns.
Parmi les cyprès chauves, je surprends le glissement furtif du
mocassin d’eau.
Au terme de cette mission, la Calypso est malade. Elle est
vieille. Percluse de rhumatismes et de toutes sortes d’autres
maladies... Elle a parcouru des centaines de milliers de milles
depuis qu’elle est devenue navire océanographique. Il faut la
réparer de façon complète. Nous la faisons entrer dans un
chantier naval de Floride. Une armée d’ouvriers s’abat sur elle
— pour son bien. Nous changeons son bordé, au travers
duquel on voyait le jour (j exagère à peine). Nous remplaçons
ses membrures : les nouvelles sont en solide chêne d’Amérique. Nous lui donnons des moteurs, des hélices, des réservoirs
de gazole flambant neufs ; bref, nous la reprenons de la quille a
l’antenne de radar. Sa passerelle ressemble désormais à la
cabine de pilotage d’u^ avion de ligne.
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béton sur la quasi-totalité de son cours. Il a cessé d’être un
personnage liquide capricieux, généreux, coléreux, imprévisible, susceptible de débordements formidables, pour devenir un
canal. Dans certains endroits, on en est à couler des kilomètres
de plaques de béton armé pour fixer le fond du lit... Inutile de
dire que, dans ces conditions, la vie aquatique s’appauvrit.
D’autant que le fleuve est un des plus pollués du monde : les
villes y déversent une partie de leurs eaux d’égout ; les usines y
crachent des effluents toxiques ; le ruissellement y apporte les
excès d’engrais et les pesticides des agriculteurs. Saint Louis,
Memphis, Cairo, Greenville, Vicksburg, Bâton Rouge, La
Nouvelle-Orléans... Cette dernière ville, où nous sommes
accueillis comme des princes dans le quartier français, est,
hélas ! une des plus polluées des Etats-Unis.
Il ne reste que le delta (et encore, en partie) pour rappeler la
splendeur perdue du fleuve. Nous nous perdons en Zodiac
dans les chenaux (bayous) où les alligators redeviennent
nombreux : ces reptiles, protégés après avoir manqué disparaître à cause de la chasse, ont tendance à proliférer. Je guette, en
compagnie de Dominique Sumian, le vol des aigrettes
blanches, des ibis rouges, des anhingas et des pélicans bruns.
Parmi les cyprès chauves, je surprends le glissement furtif du
mocassin d’eau.
Au terme de cette mission, la Calypso est malade. Elle est
vieille. Percluse de rhumatismes et de toutes sortes d’autres
maladies... Elle a parcouru des centaines de milliers de milles
depuis qu’elle est devenue navire océanographique. Il faut la
réparer de façon complète. Nous la faisons entrer dans un
chantier naval de Floride. Une armée d’ouvriers s’abat sur elle
— pour son bien. Nous changeons son bordé, au travers
duquel on voyait le jour (j exagère à peine). Nous remplaçons
ses membrures : les nouvelles sont en solide chêne d’Amérique. Nous lui donnons des moteurs, des hélices, des réservoirs
de gazole flambant neufs ; bref, nous la reprenons de la quille a
l’antenne de radar. Sa passerelle ressemble désormais à la
cabine de pilotage d’u^ avion de ligne.
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