CAPITAINE DE LA CALYPSO
Ceux qui ont vécu cette époque me comprennent : longtemps
privé, on se goinfre! Le parfum du chocolat nous réconcilie
avec l’existence.
Nous embarquons une partie de ces caisses aux trésors : je
n’ai jamais refait de pêche aussi miraculeuse... Nous rentrons
au port un peu fous. Heureux comme des gamins le matin de
Noël. Nous rassemblons les Calanquais sur la plage. Nous
partageons le butin.
La guerre est bien finie !
Le lendemain, dimanche, nous retournons en mer. Loin,
très loin... Nous pêchons — de vrais poissons, cette fois — le
long des falaises de Cassis.
La semaine suivante, nous récupérons le moteur confisqué.
Il pétarade très fort, mais pas très juste. Il passerait mal les
contrôles antipollution actuels. Mais il fait tourner l’hélice, et
c’est tout ce que je lui demande.
En compagnie de Bob Prigent et de Paul Brémond (Georges
Beuchat est exceptionnellement absent), nous mettons le cap
sur l’île de Riou. J’aime ce château fort de calcaire gris-bleu où
ne croissent que quelques immortelles et des buis rabougris. Je
trouve superbes ces hautes falaises battues par les vagues. L’île
culmine à cent quatre-vingt-dix mètres. Trois quarts d’heure
de trajet, depuis Sormiou, nous y mènent. Des cormorans
nichent dans les parois. Des dizaines de gabians, les ailes
déployées dans l’azur, planent et virevoltent, enfants de la
brise, piquant parfois vers la surface pour y cueillir du bout du
bec un fragment de nourriture, une crevette ou un poisson.
Nous débarquons sur la petite plage de sable du nord de
l’île. Nous sommes seuls. A une distance infinie, nous semblet-il, de la populeuse cité phocéenne... Nous déposons nos
provisions sous deux tamaris (les uniques arbres locaux), près
d une maison en ruine. Nous voici les Robinsons de Riou.
En vérité, l’homme a depuis longtemps visité cette terre. Il y
a laissé des commensaux qui prolifèrent : je veux parler des
rats. Au coucher du soleil, quand nous mangeons, nous voyons
sortir de leurs trous deux douzaines de ces rongeurs — fort
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Ceux qui ont vécu cette époque me comprennent : longtemps
privé, on se goinfre! Le parfum du chocolat nous réconcilie
avec l’existence.
Nous embarquons une partie de ces caisses aux trésors : je
n’ai jamais refait de pêche aussi miraculeuse... Nous rentrons
au port un peu fous. Heureux comme des gamins le matin de
Noël. Nous rassemblons les Calanquais sur la plage. Nous
partageons le butin.
La guerre est bien finie !
Le lendemain, dimanche, nous retournons en mer. Loin,
très loin... Nous pêchons — de vrais poissons, cette fois — le
long des falaises de Cassis.
La semaine suivante, nous récupérons le moteur confisqué.
Il pétarade très fort, mais pas très juste. Il passerait mal les
contrôles antipollution actuels. Mais il fait tourner l’hélice, et
c’est tout ce que je lui demande.
En compagnie de Bob Prigent et de Paul Brémond (Georges
Beuchat est exceptionnellement absent), nous mettons le cap
sur l’île de Riou. J’aime ce château fort de calcaire gris-bleu où
ne croissent que quelques immortelles et des buis rabougris. Je
trouve superbes ces hautes falaises battues par les vagues. L’île
culmine à cent quatre-vingt-dix mètres. Trois quarts d’heure
de trajet, depuis Sormiou, nous y mènent. Des cormorans
nichent dans les parois. Des dizaines de gabians, les ailes
déployées dans l’azur, planent et virevoltent, enfants de la
brise, piquant parfois vers la surface pour y cueillir du bout du
bec un fragment de nourriture, une crevette ou un poisson.
Nous débarquons sur la petite plage de sable du nord de
l’île. Nous sommes seuls. A une distance infinie, nous semblet-il, de la populeuse cité phocéenne... Nous déposons nos
provisions sous deux tamaris (les uniques arbres locaux), près
d une maison en ruine. Nous voici les Robinsons de Riou.
En vérité, l’homme a depuis longtemps visité cette terre. Il y
a laissé des commensaux qui prolifèrent : je veux parler des
rats. Au coucher du soleil, quand nous mangeons, nous voyons
sortir de leurs trous deux douzaines de ces rongeurs — fort
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