LES BRUMES DE TERRE-NEUVE
Il m’arrive un malheur, le pire qui puisse toucher un
plongeur. Je souffre de l’arrière-nez. Il m’est impossible de
respirer normalement, et de décomprimer mes sinus quand la
pression augmente.
J’avais des problèmes — mineurs. Des croûtes dans les
sinus. J’étais gêné sous l’eau. Voici quelques mois, je vais voir
mon médecin. Il m’affirme qu’en me faisant gratter tout ça je
retrouverai mes sinus de vingt ans. Il me donne l’adresse d’un
chirurgien — le meilleur de Marseille. J’accepte. J’aurais
mieux fait de me casser une jambe.
Le chirurgien qui doit m’opérer est probablement le meilleur. Le problème est qu’il me fait sous-traiter par un de ses
élèves et que celui-ci me « rate »... Quand je me réveille, je
souffre atrocement. On me dit que c’est normal. Je sens bien
que non, puisque je puis à peine respirer. On m’assure que
c’est la suite normale des choses, et qu’avec un peu de
patience...
Au bout de quelques semaines, on m’avoue que l’opération
ne s’est pas bien déroulée. Qu’il faut ouvrir de nouveau..
J’accepte. Le deuxième réveil est encore plus dramatique que
le premier Je suffoque. Pour réparer l’erreur, le chirurgien en
a commis une autre — plus terrible. J’ai maintenant un trou
dans la cloison nasale ! Je ne parviens plus à parler : il faut que
je me rééduque !
Je souffre physiquement, et plus encore moralement. Ma
carrière de chef plongeur est terminée. Je descendrai encore
sous la surface, certes, quoi qu’il m’en coûte de douleur et de
fatigue : quand je ne plongerai plus, cela voudra dire que je
serai mort. Mais c’en est fini des exploits et des performances.
Quant à mon préjudice, j’essaierai de le faire admettre devant
les tribunaux : en vain. Cela durera des années. Les experts
médicaux commis pour évaluer les dégâts de l’opération sont
des collègues ou des copains de ceux qui m’ont vilainement
charcuté.
La Calypso passe la fin de l’année 1979 dans une longue
mission au Venezuela. Sous la direction scientifique de
333
Il m’arrive un malheur, le pire qui puisse toucher un
plongeur. Je souffre de l’arrière-nez. Il m’est impossible de
respirer normalement, et de décomprimer mes sinus quand la
pression augmente.
J’avais des problèmes — mineurs. Des croûtes dans les
sinus. J’étais gêné sous l’eau. Voici quelques mois, je vais voir
mon médecin. Il m’affirme qu’en me faisant gratter tout ça je
retrouverai mes sinus de vingt ans. Il me donne l’adresse d’un
chirurgien — le meilleur de Marseille. J’accepte. J’aurais
mieux fait de me casser une jambe.
Le chirurgien qui doit m’opérer est probablement le meilleur. Le problème est qu’il me fait sous-traiter par un de ses
élèves et que celui-ci me « rate »... Quand je me réveille, je
souffre atrocement. On me dit que c’est normal. Je sens bien
que non, puisque je puis à peine respirer. On m’assure que
c’est la suite normale des choses, et qu’avec un peu de
patience...
Au bout de quelques semaines, on m’avoue que l’opération
ne s’est pas bien déroulée. Qu’il faut ouvrir de nouveau..
J’accepte. Le deuxième réveil est encore plus dramatique que
le premier Je suffoque. Pour réparer l’erreur, le chirurgien en
a commis une autre — plus terrible. J’ai maintenant un trou
dans la cloison nasale ! Je ne parviens plus à parler : il faut que
je me rééduque !
Je souffre physiquement, et plus encore moralement. Ma
carrière de chef plongeur est terminée. Je descendrai encore
sous la surface, certes, quoi qu’il m’en coûte de douleur et de
fatigue : quand je ne plongerai plus, cela voudra dire que je
serai mort. Mais c’en est fini des exploits et des performances.
Quant à mon préjudice, j’essaierai de le faire admettre devant
les tribunaux : en vain. Cela durera des années. Les experts
médicaux commis pour évaluer les dégâts de l’opération sont
des collègues ou des copains de ceux qui m’ont vilainement
charcuté.
La Calypso passe la fin de l’année 1979 dans une longue
mission au Venezuela. Sous la direction scientifique de
333
