LES SOURCES DU NIL
Cette mission s’achève dans la tristesse. Quelques mois plus
tard, un immense malheur va nous frapper.
En juin 1979, tandis qu’il travaille au montage des deux
films tirés de cette aventure africaine, Philippe Cousteau
surveille les réparations de son hydravion P.B.Y. Catalina
Calypso IL II veut l’essayer en compagnie de son copilote,
Jean-Pierre Gros.
Le vol de contrôle se déroule au Portugal, près de Lisbonne,
le 19 juin. Philippe est aux commandes. Il se prépare à amerrir
à l’embouchure du Tage. L’appareil touche l’eau et pique du
nez. La cause probable de l’accident est une trappe qui est
restée ouverte par erreur. Philippe tente de redresser le P.B.Y.
Il tire sur le manche. Mais l’hélice, endommagée, se détache,
brise le cockpit et le tue sur le coup. Notre ami avait trenteneuf ans... Jean-Pierre Gros, un bras quasi sectionné, s’en tire
par miracle...
Je ne vais pas décrire la peine d’un père à qui on annonce
que son fils est mort : le commandant fait pitié. Il murmure
que ce n’est pas juste, qu’il aurait dû, lui, partir le premier... Il
parle de tout laisser tomber, de couler la Calypso sur place...
Jean-Michel accourt de Los Angeles. Il le soutient, le convainc
que Philippe n’aurait pas accepté ce renoncement. Il l’assure
qu’il restera désormais près de lui, et que l’œuvre entreprise
depuis si longtemps sera poursuivie.
Philippe Cousteau aura des funérailles de marin — celles
qu’il aurait voulues : son cercueil sera immergé dans l’Atlantique, au large du Portugal.
Quelqu’un n’oubliera jamais. Quelqu’un ne se consolera
pas. Je veux parler de la Bergère — la mère de Philippe.
Comme capitaine de la Calypso, je l’entendrai plus d’une fois
pleurer en secret, dans sa cabine. Mais que lui dire, pour
adoucir sa peine ?
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