CAPITAINE DE LA CALYPSO
les plus fous. Lorsque nous plongeons, nous nous retrouvons
dans un véritable aquarium. Autour de nous, les poissons
pullulent : grands bancs de mulets, nuages de castagnoles,
escadrons de bogues, bataillons de daurades, de pageaux et de
loups... Des mérous s’embusquent dans leurs grottes; des
rascasses se figent derrière des rangées de gorgones éclatantes ;
des dentés (ou dentis) et des corbs (ou corbeaux) montent la
garde à l’entrée des grottes immergées...
Impossible de revenir bredouille. Nos efforts sont chaque
fois récompensés. J’estime qu’il existe, rien que dans la
calanque de Sormiou, plus de cinquante mérous adultes... Plus
difficile est d’échapper à la vigilance des Allemands. En
général, nous y parvenons grâce à notre connaissance du
terrain. Nous pêchons de la sorte, chaque fin de semaine, à la
barbe des occupants. Parfois, nous changeons totalement
d’endroit : nous allons à bicyclette jusqu’à Carry-le-Rouet ou
à La Redonne. Nous rapportons assez de poissons pour nos
repas familiaux de plusieurs jours.
Nous nous enhardissons. Je nous revois, embusqués derrière
des rochers, près du port du Pharo. Nous attendons que la
sentinelle ait achevé sa ronde. Nous passons sous les filets antisous-marins. Nous nous mettons à l’eau et nous nageons en
dehors de la zone portuaire, sur des fonds où les poissons
abondent. Mais la sentinelle a de bons yeux : en plusieurs
occasions, des coups de feu de sommation nous claquent aux
oreilles. Nous devons nous cacher, et revenir à la côte par un
itinéraire détourné.
A Sormiou, nous réussissons mieux qu’ailleurs à déjouer la
surveillance des Allemands. Cela n’empêche pas qu’un jour
notre sortie de pêche s’achève en débandade sous les rafales de
mitraillette... C’est un miracle si nous en réchappons. Je me
demande encore comment nous réussissons à regagner le
rivage indemnes.
Une autre fois, à La Redonne, nous empruntons le tunnel du
chemin de fer, puis un sentier de chèvres, pour gagner la mer.
Nous plongeons, armés d’un nouvel engin fabriqué par
38
les plus fous. Lorsque nous plongeons, nous nous retrouvons
dans un véritable aquarium. Autour de nous, les poissons
pullulent : grands bancs de mulets, nuages de castagnoles,
escadrons de bogues, bataillons de daurades, de pageaux et de
loups... Des mérous s’embusquent dans leurs grottes; des
rascasses se figent derrière des rangées de gorgones éclatantes ;
des dentés (ou dentis) et des corbs (ou corbeaux) montent la
garde à l’entrée des grottes immergées...
Impossible de revenir bredouille. Nos efforts sont chaque
fois récompensés. J’estime qu’il existe, rien que dans la
calanque de Sormiou, plus de cinquante mérous adultes... Plus
difficile est d’échapper à la vigilance des Allemands. En
général, nous y parvenons grâce à notre connaissance du
terrain. Nous pêchons de la sorte, chaque fin de semaine, à la
barbe des occupants. Parfois, nous changeons totalement
d’endroit : nous allons à bicyclette jusqu’à Carry-le-Rouet ou
à La Redonne. Nous rapportons assez de poissons pour nos
repas familiaux de plusieurs jours.
Nous nous enhardissons. Je nous revois, embusqués derrière
des rochers, près du port du Pharo. Nous attendons que la
sentinelle ait achevé sa ronde. Nous passons sous les filets antisous-marins. Nous nous mettons à l’eau et nous nageons en
dehors de la zone portuaire, sur des fonds où les poissons
abondent. Mais la sentinelle a de bons yeux : en plusieurs
occasions, des coups de feu de sommation nous claquent aux
oreilles. Nous devons nous cacher, et revenir à la côte par un
itinéraire détourné.
A Sormiou, nous réussissons mieux qu’ailleurs à déjouer la
surveillance des Allemands. Cela n’empêche pas qu’un jour
notre sortie de pêche s’achève en débandade sous les rafales de
mitraillette... C’est un miracle si nous en réchappons. Je me
demande encore comment nous réussissons à regagner le
rivage indemnes.
Une autre fois, à La Redonne, nous empruntons le tunnel du
chemin de fer, puis un sentier de chèvres, pour gagner la mer.
Nous plongeons, armés d’un nouvel engin fabriqué par
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