CAPITAINE DE LA CALYPSO
Sur le lac Victoria, l’équipe filme de prodigieux tourbillons
de moustiques — épais comme des nuages d’orage. Elle étudie
les poissons, les batraciens, les crustacés dont vivent les
peuples locaux.
Mais un malheur s’abat. Patrick Delemotte (le frère de mon
ami Bernard) se tue en automobile, en rejoignant le camp. Un
banal accident de la route, comme sur une nationale pendant
un week-end...
Philippe rapatrie le corps. Quand il revient commence la
descente du fleuve. Au sortir du lac Victoria, dans le chenal
Napoléon, le Nil (dit Victoria) est à mille cent trente-trois
mètres d’altitude, et à plus de six mille kilomètres de son delta.
Il cascade aux chutes Ripon (aujourd’hui amorties par un
barrage hydroélectrique). Il se perd ensuite dans l’immense
lac Kyoga, sorte de poulpe liquide couvert d’îles de papyrus
aux formes changeantes, où vivent des pêcheurs du peuple
Karamoja.
Après quoi, le Nil court entre deux rives crépelées de jungle
épaisse. En un endroit, sa vallée se resserre jusqu’à ne plus
mesurer que six mètres de largeur. Soudain, le sol se dérobe.
Dans un bruit d’enfer, et dans un perpétuel arc-en-ciel, le
fleuve tombe de trente-six mètres. Ce sont les chutes Kabalega, naguère nommées Murchinson. Philippe se pose sur l’eau
en aval de la cascade, vers laquelle il remonte en Zodiac :
monstrueux remous d’écume blanche, prodigieuse impression !
Les végétaux et les animaux pullulent dans cette contrée
vierge, qui constitue l’un des plus beaux parcs naturels
d’Afrique. L’équipe se met en quête des étonnants dipneustes,
ou poissons-poumons, ou encore protoptères : ces animaux
primitifs sont capables de respirer par des branchies, comme
tous les poissons ; mais, à la saison sèche, ils s’enterrent dans la
boue et tirent leur oxygène de l’air grâce à une ébauche de
poumon. Tout aussi bizarres sont les tilapias : chez eux, les
mâles prennent dans leur bouche la ponte des femelles et la
protègent jusqu’à l’éclosion; pendant plusieurs jours, les
alevins se réfugient dans la gueule de papa en cas de danger.
324
Sur le lac Victoria, l’équipe filme de prodigieux tourbillons
de moustiques — épais comme des nuages d’orage. Elle étudie
les poissons, les batraciens, les crustacés dont vivent les
peuples locaux.
Mais un malheur s’abat. Patrick Delemotte (le frère de mon
ami Bernard) se tue en automobile, en rejoignant le camp. Un
banal accident de la route, comme sur une nationale pendant
un week-end...
Philippe rapatrie le corps. Quand il revient commence la
descente du fleuve. Au sortir du lac Victoria, dans le chenal
Napoléon, le Nil (dit Victoria) est à mille cent trente-trois
mètres d’altitude, et à plus de six mille kilomètres de son delta.
Il cascade aux chutes Ripon (aujourd’hui amorties par un
barrage hydroélectrique). Il se perd ensuite dans l’immense
lac Kyoga, sorte de poulpe liquide couvert d’îles de papyrus
aux formes changeantes, où vivent des pêcheurs du peuple
Karamoja.
Après quoi, le Nil court entre deux rives crépelées de jungle
épaisse. En un endroit, sa vallée se resserre jusqu’à ne plus
mesurer que six mètres de largeur. Soudain, le sol se dérobe.
Dans un bruit d’enfer, et dans un perpétuel arc-en-ciel, le
fleuve tombe de trente-six mètres. Ce sont les chutes Kabalega, naguère nommées Murchinson. Philippe se pose sur l’eau
en aval de la cascade, vers laquelle il remonte en Zodiac :
monstrueux remous d’écume blanche, prodigieuse impression !
Les végétaux et les animaux pullulent dans cette contrée
vierge, qui constitue l’un des plus beaux parcs naturels
d’Afrique. L’équipe se met en quête des étonnants dipneustes,
ou poissons-poumons, ou encore protoptères : ces animaux
primitifs sont capables de respirer par des branchies, comme
tous les poissons ; mais, à la saison sèche, ils s’enterrent dans la
boue et tirent leur oxygène de l’air grâce à une ébauche de
poumon. Tout aussi bizarres sont les tilapias : chez eux, les
mâles prennent dans leur bouche la ponte des femelles et la
protègent jusqu’à l’éclosion; pendant plusieurs jours, les
alevins se réfugient dans la gueule de papa en cas de danger.
324
