UN ULTIMATUM SOUS LA MER
A côté de ça, le plus furieux des requins blancs respire
l’innocence.
Voici l’épave. Elle n’a l’air de rien : un cargo banal, avec des
nuages de poissons qui tournent autour... Nous pénétrons dans
la cale. Les conteneurs de métal sont entassés dans un beau
désordre. Gorgés de poison violent... Sur chaque fût, un logo
avec crâne et tibias croisés : éloquent ! Nous nous en approchons plus prudemment que d’un repaire de cobras. Certains
bidons semblent en piteux état. Le choc du naufrage les a
cabossés. Je regarde de plus près une pliure. Elle est rouillée.
Un filet de fumée brunâtre s’en échappe. Bon Dieu : il est
temps ! Le plomb mortel commence de diffuser dans la masse
aquatique !
Nous nous écartons. Sous sa forme métallique, le plomb ne
présente aucun danger. Sous sa forme organique, il tue pai
simple contact, à travers l’épiderme...
Les opérations de renflouage de la totalité de la cargaison de
la Çavtat prendront quinze mois. Il y faudra deux cent
soixante-dix plongées. Chaque bidon remonté en surface (et
retraité par la firme chimique Octel) coûtera quatorze mille
dollars. Ainsi se paient les négligences des hommes...
Tout est fini. Je me promène sur le quai du port d’Otrante,
où les enfants jouent sans savoir qu’ils ont été les otages de la
bêtise et de l’irresponsabilité des adultes. Leur sourire se
superpose dans mon esprit à celui de ma fille, qui m’attend au
bord de la même mer.
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