CAPITAINE DE LA CALYPSO
gagner leur vie, et que déjà leurs ancêtres agissaient de la
sorte... Je lie connaissance avec l’un d’eux. Il appartient à une
famille qui fait parler d’elle du côté de Propriano. Il s’appelle
Recco. Toussaint (dit Tony) Recco. Une force de la nature...
Il enfile son scaphandre autonome — des plus rudimentaires, avec des bouteilles d’air comprimé à deux cent cinquante kilogrammes (de véritables bombes !) et un détendeur
bricolé. Je m’équipe et je plonge avec lui. Je respire, pour ma
part, un mélange d’hélium. Il descend à toute vitesse, bien
plus vite que je n’ai jamais osé le faire. J’ai peine à le suivre.
Trente mètres, cinquante, quatre-vingts, cent... Autour de
nous, l’eau est presque noire. Il pénètre sans hésiter dans une
grotte dont le plafond est hérissé de branches de corail
magnifiques, qui luisent dans la lumière de nos lampes comme
un trésor d’Aladin. Une merveille marine... Je voudrais
m’arrêter, admirer... Mais il travaille, lui. Il casse les polypiers
à la base, d’un coup de marteau précis, et les jette dans un
panier métallique. Je me demande comment il peut conserver,
à cette profondeur, en respirant de l’air ordinaire, une telle
lucidité.
Je le vois soudain remonter comme une flèche et me
dépasser. Il est fou ! Il me double comme un coureur cycliste
qui voudrait arriver plus vite au sommet du col !... Il risque un
accident de décompression !
Quand j’arrive en surface, il est déjà sec... Il éclate de rire.
C’est juste s’il ne me traite pas de mauviette!...
A coup sûr, Tony Recco est costaud. Il descend et remonte
plus vite que quiconque, et observe des paliers de décompression pifométriques. Peu d’organismes humains résisteraient à
ce traitement...
Pour tourner le film que le commandant Cousteau m’a
demandé de réaliser sur lui, je réclame une tourelle Galeazzi.
Pas question, pour moi, de mettre en danger la vie ou même la
santé de la petite équipe qui m’accompagne. Tandis que nous
prenons nos précautions, Recco continue de braver les lois de
la médecine des profondeurs. Je sais (il le sait aussi : il me
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gagner leur vie, et que déjà leurs ancêtres agissaient de la
sorte... Je lie connaissance avec l’un d’eux. Il appartient à une
famille qui fait parler d’elle du côté de Propriano. Il s’appelle
Recco. Toussaint (dit Tony) Recco. Une force de la nature...
Il enfile son scaphandre autonome — des plus rudimentaires, avec des bouteilles d’air comprimé à deux cent cinquante kilogrammes (de véritables bombes !) et un détendeur
bricolé. Je m’équipe et je plonge avec lui. Je respire, pour ma
part, un mélange d’hélium. Il descend à toute vitesse, bien
plus vite que je n’ai jamais osé le faire. J’ai peine à le suivre.
Trente mètres, cinquante, quatre-vingts, cent... Autour de
nous, l’eau est presque noire. Il pénètre sans hésiter dans une
grotte dont le plafond est hérissé de branches de corail
magnifiques, qui luisent dans la lumière de nos lampes comme
un trésor d’Aladin. Une merveille marine... Je voudrais
m’arrêter, admirer... Mais il travaille, lui. Il casse les polypiers
à la base, d’un coup de marteau précis, et les jette dans un
panier métallique. Je me demande comment il peut conserver,
à cette profondeur, en respirant de l’air ordinaire, une telle
lucidité.
Je le vois soudain remonter comme une flèche et me
dépasser. Il est fou ! Il me double comme un coureur cycliste
qui voudrait arriver plus vite au sommet du col !... Il risque un
accident de décompression !
Quand j’arrive en surface, il est déjà sec... Il éclate de rire.
C’est juste s’il ne me traite pas de mauviette!...
A coup sûr, Tony Recco est costaud. Il descend et remonte
plus vite que quiconque, et observe des paliers de décompression pifométriques. Peu d’organismes humains résisteraient à
ce traitement...
Pour tourner le film que le commandant Cousteau m’a
demandé de réaliser sur lui, je réclame une tourelle Galeazzi.
Pas question, pour moi, de mettre en danger la vie ou même la
santé de la petite équipe qui m’accompagne. Tandis que nous
prenons nos précautions, Recco continue de braver les lois de
la médecine des profondeurs. Je sais (il le sait aussi : il me
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