LE VILLAGE DE LA MER ROUGE
poussière de roche émiettée, et avalent les petits polypes mous
qui composent leur ordinaire.
Le professeur Vaissière est le premier spécialiste de biologie
marine auquel il est donné d’étudier ses échantillons dans leur
milieu naturel, par dix mètres de fond. Il observe le plancton
au microscope. Il noircit des pages de cahiers de notes. Il
remplit des boîtes et des bocaux de prélèvements, qu’il destine
à ses collègues du monde entier. Lorsqu’il met ses observations
au propre, il n’a qu’à lever la tête pour voir passer par la
fenêtre des escadrilles de poissons-demoiselles ou de poissonsanges.
Le comportement des animaux marins offre d’incessantes
surprises. Les bernard-l’hermite se promènent dans leur
coquille d’emprunt. La crevette sténope agite ses longues
antennes dans le corail : les poissons connaissent ce signal ; ils
approchent et s’immobilisent; elle tend ses pinces et les
débarrasse consciencieusement de leurs parasites : elle tient
une station-service de nettoyage. La crevette-bulldozer capture des proies qu’elle partage avec un associé, un petit poisson
jaune à rayures noires : le poisson monte la garde à l’entrée du
terrier commun ; quand il donne l’alerte, le couple disparaît
prestement dans le refuge...
Accompagné par le commandant Cousteau, je plonge en
soucoupe le long du tombant du récif. Jusqu’à quatre-vingtdix mètres, la vie palpite, exubérante, colorée, superbe.
Brusquement (mais pourquoi?), elle disparaît. Entre quatrevingt-dix et deux cent quarante mètres, la pente calcaire est un
désert de corail mort. A deux cent cinquante mètres commence
un nouvel étage de vie. Un saint-pierre à « antennes » (ce sont
des filaments de sa nageoire dorsale) promène ses flancs gris
marqués d’un énorme faux œil. Un poulpe strié d’ocre et de
brun sombre se faufile dans son antre... A trois cents mètres, je
gouverne la soucoupe en direction d’une cavité béante, où
1 engin pénètre sans peine. La grotte s’élargit et forme une
cathédrale immense, dont nos projecteurs illuminent à peine le
plafond. De colossales stalactites forment les colonnes de ce
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poussière de roche émiettée, et avalent les petits polypes mous
qui composent leur ordinaire.
Le professeur Vaissière est le premier spécialiste de biologie
marine auquel il est donné d’étudier ses échantillons dans leur
milieu naturel, par dix mètres de fond. Il observe le plancton
au microscope. Il noircit des pages de cahiers de notes. Il
remplit des boîtes et des bocaux de prélèvements, qu’il destine
à ses collègues du monde entier. Lorsqu’il met ses observations
au propre, il n’a qu’à lever la tête pour voir passer par la
fenêtre des escadrilles de poissons-demoiselles ou de poissonsanges.
Le comportement des animaux marins offre d’incessantes
surprises. Les bernard-l’hermite se promènent dans leur
coquille d’emprunt. La crevette sténope agite ses longues
antennes dans le corail : les poissons connaissent ce signal ; ils
approchent et s’immobilisent; elle tend ses pinces et les
débarrasse consciencieusement de leurs parasites : elle tient
une station-service de nettoyage. La crevette-bulldozer capture des proies qu’elle partage avec un associé, un petit poisson
jaune à rayures noires : le poisson monte la garde à l’entrée du
terrier commun ; quand il donne l’alerte, le couple disparaît
prestement dans le refuge...
Accompagné par le commandant Cousteau, je plonge en
soucoupe le long du tombant du récif. Jusqu’à quatre-vingtdix mètres, la vie palpite, exubérante, colorée, superbe.
Brusquement (mais pourquoi?), elle disparaît. Entre quatrevingt-dix et deux cent quarante mètres, la pente calcaire est un
désert de corail mort. A deux cent cinquante mètres commence
un nouvel étage de vie. Un saint-pierre à « antennes » (ce sont
des filaments de sa nageoire dorsale) promène ses flancs gris
marqués d’un énorme faux œil. Un poulpe strié d’ocre et de
brun sombre se faufile dans son antre... A trois cents mètres, je
gouverne la soucoupe en direction d’une cavité béante, où
1 engin pénètre sans peine. La grotte s’élargit et forme une
cathédrale immense, dont nos projecteurs illuminent à peine le
plafond. De colossales stalactites forment les colonnes de ce
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