MISSIONS EN SOUCOUPE
Durant notre voyage de retour vers l’Europe, nous payons le
carnaval par une invraisemblable succession de pépins. Le
moteur principal tribord de la Calypso tombe en panne ; puis
c’est le tour de l’embrayage du moteur bâbord. Le tableau
électrique, inondé, saute. Un de nos groupes électrogènes
grille. Une durite de l’autre groupe crève et inonde la
machine; et ainsi de suite... Jamais, depuis que j’ai réparé le
Hou Hop avec mes amis mousquetaires, je n’ai autant scié,
limé, soudé — les mains dans le cambouis et les pieds dans
l’huile de vidange.
A peine revenus à Marseille, nous repartons pour des
croisières scientifiques en Méditerranée. Géologie. Hydrologie.
Juin 1962, la Calypso effectue entre Nice et la Corse ce qui
restera probablement sa mission la plus périlleuse : pour les
besoins d’une étude de sismique-réflexion, elle embarque
cinquante-deux grenades de trente à cent trente kilogrammes
chacune. De quoi pulvériser l’ancien dragueur de mines...
Au cours de l’été, j’ai la chance de faire partie de l’équipe de
football du bord qui rencontre, en match amical, l’équipe du
Musée de Monaco. Nous sommes renforcés par une partie des
effectifs adverses, ce qui nous permet de faire semblant de
savoir marquer des buts et de ne pas trop en encaisser... Le
soir de la rencontre, nous recevons les joueurs adverses et leur
famille à bord de la Calypso. Les enfants s’amusent dans les
coursives; par hasard, je sors du carré au moment où l’un
d’eux, un tout-petit, tombe à l’eau entre le quai et la coque ; il
est en train de se noyer dans un liquide chargé de mazout. Je
saute tout habillé. Je le ramène en surface.
C’est la plus belle plongée de ma vie.
Précédent

- 217/424

Suivant