MISSIONS EN SOUCOUPE
plongeur puis chef plongeur de la Calypso, j’hériterai de son
titre...
Remise en état à Marseille, la soucoupe plongeante revient
sur son navire. Nous mouillons au large de la Corse. Je me
glisse dans le submersible en compagnie du Pacha. Nouvelle
mission. Très profonde...
Nous planons au-dessus d’un balcon de roche situé à trente
mètres sous la surface. Les plongeurs de la Calypso nous suivent
et nous filment. Nous vérifions que tout est normal. Puis nous
basculons vers les abîmes... A quarante-cinq mètres, les
hommes en scaphandre abandonnent. Nous perdons de l’altitude le long d’une pente peuplée de gorgones et de cérianthes,
où vivent des langoustes, des castagnoles, des raies pastenagues et des torpilles.
A cent mètres, je regarde le Pacha avec une petite angoisse
dans la prunelle... Pas d’explosion? On continue!... Cent dix
mètres : le substrat de roche est creusé de centaines de trous
occupés par des poulpes. Cent cinquante mètres : un semis
d’oursins et d’éponges... Cent quatre-vingts mètres : j’allume
notre gros phare de route. Deux cents mètres : nous procédons
à une nouvelle vérification générale. Tout fonctionne... Je
remets les « gaz » en basculant le mercure vers la proue : la
soucoupe s’incline et avance. Nous survolons une pente douce
où nous croisons un banc de capros roses, qui ont l’air de
papillons. Nous notons la présence de gorgones écarlates et
d’eunicelles blanches, qui ressemblent à de longs vers ramifiés,
livides. Une roussette nage souplement au-dessus d’une étendue de vase.
La pente devient plus prononcée : nous avons atteint ce que
les océanographes appellent le talus continental. Deux cent
cinquante mètres. Deux cent quatre-vingts. Trois cents...
J’arrête le moteur à trois cent deux mètres.
Jamais aucun submersible d’exploration — autre que le peu
maniable bathyscaphe — n’était descendu si bas. Je me pose
en douceur sur un lit de sable. Le silence de la mer est absolu
à tel point que j’entends taper mon cœur. Nous demeurons
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