LA MAGIE D’ ALBORAN
localisons près du fond, à mille mètres sous la surface.
Irrécupérable. Définitivement...
Je renonce à décrire notre déception. Le Pacha ne nous
laisse pas mariner dans nos regrets : il a horreur du mot
« échec ». Il ne l’emploie jamais. Il n’admet que des « contretemps » — et encore : rarement ! Il nous réunit au carré de la
Calypso pour nous annoncer qu’il ordonne à l’instant la
construction d’une autre coque. Cette attitude positive nous
dope. Nous jurons que le second submersible sera encore plus
beau et plus sûr que le premier. Nous le voulons, simplement,
le meilleur du monde...
Satisfait de notre réaction, Cousteau en profite pour nous
annoncer le programme du reste de l’année 1958. Nous
enchaînons, sans souffler, mais avec l’enthousiasme de ceux
qui ont un monde à découvrir, une mission optique et une
mission sismique au large de Nice ; une mission géologique en
Corse; une mission biologique dans les parages de Marseille...
Nous levons l’ancre pour une série de recherches hydrologiques et biologiques de part et d’autre du détroit de Gibraltar.
C’est à la fin de cette expédition, qui nous mène à Funchal (à
Madère), à Lisbonne puis à Porto (au Portugal), que j’effectue
l’une de mes plus belles découvertes. L’une de celles dont je
reste le plus fier.
Le 3 septembre, en rentrant vers Marseille, nous jetons
l’ancre près de la petite île d’Alborân. C’est un caillou situé à
mi-distance de l’Espagne et du Maroc, qui ne paie guère de
mine. Du moins en surface...
Nous draguons au hasard à proximité de la côte — comme à
notre habitude. Nous crochons d’énormes algues brunes — des
laminaires digitées parfois longues de plus de cinq mètres. Je
suis sûr que ces eaux recèlent un trésor vivant. Je veux
Sabsolument plonger. Raymond Coll vient avec moi. Incapables de lutter contre la puissance du courant de surface, nous
nous laissons couler vers le fond, dans une mer chargée de
particules et de plancton. Nous atterrissons dans une véritable
forêt sous-marine — une forêt d’algues géantes, aux « troncs »
181
localisons près du fond, à mille mètres sous la surface.
Irrécupérable. Définitivement...
Je renonce à décrire notre déception. Le Pacha ne nous
laisse pas mariner dans nos regrets : il a horreur du mot
« échec ». Il ne l’emploie jamais. Il n’admet que des « contretemps » — et encore : rarement ! Il nous réunit au carré de la
Calypso pour nous annoncer qu’il ordonne à l’instant la
construction d’une autre coque. Cette attitude positive nous
dope. Nous jurons que le second submersible sera encore plus
beau et plus sûr que le premier. Nous le voulons, simplement,
le meilleur du monde...
Satisfait de notre réaction, Cousteau en profite pour nous
annoncer le programme du reste de l’année 1958. Nous
enchaînons, sans souffler, mais avec l’enthousiasme de ceux
qui ont un monde à découvrir, une mission optique et une
mission sismique au large de Nice ; une mission géologique en
Corse; une mission biologique dans les parages de Marseille...
Nous levons l’ancre pour une série de recherches hydrologiques et biologiques de part et d’autre du détroit de Gibraltar.
C’est à la fin de cette expédition, qui nous mène à Funchal (à
Madère), à Lisbonne puis à Porto (au Portugal), que j’effectue
l’une de mes plus belles découvertes. L’une de celles dont je
reste le plus fier.
Le 3 septembre, en rentrant vers Marseille, nous jetons
l’ancre près de la petite île d’Alborân. C’est un caillou situé à
mi-distance de l’Espagne et du Maroc, qui ne paie guère de
mine. Du moins en surface...
Nous draguons au hasard à proximité de la côte — comme à
notre habitude. Nous crochons d’énormes algues brunes — des
laminaires digitées parfois longues de plus de cinq mètres. Je
suis sûr que ces eaux recèlent un trésor vivant. Je veux
Sabsolument plonger. Raymond Coll vient avec moi. Incapables de lutter contre la puissance du courant de surface, nous
nous laissons couler vers le fond, dans une mer chargée de
particules et de plancton. Nous atterrissons dans une véritable
forêt sous-marine — une forêt d’algues géantes, aux « troncs »
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