JOJO LE MÉROU
de poissons multicolores. Je descends le long de la coque, dont
l’acier est déchiqueté, tordu par les explosions — mais orné
d’hydraires jaune d’or, de bryozoaires de dentelle, d’algues
incrustantes rose pâle ou mauves. Je nage, en compagnie de
Frédéric Dumas, vers la proue du navire : nous découvrons la
chaîne d’ancre et l’ancre elle-même, à moitié enfouie dans le
sable. Nous remontons vers la passerelle. Frédéric Dumas
me montre la cloche de bronze du bateau : il la frappe avec
son poignard, et en tire un son clair, insolite dans ce décor
funèbre.
Nous explorons les cales, où gît un fatras de métal rouillé,
colonisé par les organismes aquatiques : des locomotives à
vapeur, des ailes d’avion, des motocyclettes, des camions...
Tous ces vestiges sont couverts d’une poussière rougeâtre,
mélange de rouille et de sédiments. Des poissons-écureuils,
eux-mêmes rougeâtres, se cachent dans des caisses de munitions...
Nous rencontrons les poissons-camions au détour d’une
coursive. Toujours aussi énormes... Toujours aussi bizarres,
avec cette bosse sur le front... Nous les suivons. Ils nous
emmènent vers l’arrière du navire, jusqu’aux hélices. Puis
ils font demi-tour et nous conduisent à la cabine du capitaine, où nous mettons la main sur le coffre : il contient un
fabuleux trésor de deux dollars canadiens et d’une livre
sterling.
Frédéric Dumas, avec le « nez » qui le caractérise, localise
sur le roof la plaque de bronze, tapissée de concrétions, où le
constructeur a inscrit sa raison sociale. Il la gratte du bout de
son poignard. Nous réussissons à lire : « Joseph L. Thompson
& Son Ltd. », ainsi que les mots « North Sonds n° 599 » et
« 1940 — Sunderland ».
De retour à Marseille, nous effectuerons des recherches aux
archives de la Marine. Nous identifierons l’épave. C’est celle
du cargo de guerre britannique S.S. Thistlegorm, jaugeant dix
mille tonneaux, chargé de camions, de locomotives, de pièces
d’avions, de motocyclettes, de bombes, de mines, de torpilles
165
de poissons multicolores. Je descends le long de la coque, dont
l’acier est déchiqueté, tordu par les explosions — mais orné
d’hydraires jaune d’or, de bryozoaires de dentelle, d’algues
incrustantes rose pâle ou mauves. Je nage, en compagnie de
Frédéric Dumas, vers la proue du navire : nous découvrons la
chaîne d’ancre et l’ancre elle-même, à moitié enfouie dans le
sable. Nous remontons vers la passerelle. Frédéric Dumas
me montre la cloche de bronze du bateau : il la frappe avec
son poignard, et en tire un son clair, insolite dans ce décor
funèbre.
Nous explorons les cales, où gît un fatras de métal rouillé,
colonisé par les organismes aquatiques : des locomotives à
vapeur, des ailes d’avion, des motocyclettes, des camions...
Tous ces vestiges sont couverts d’une poussière rougeâtre,
mélange de rouille et de sédiments. Des poissons-écureuils,
eux-mêmes rougeâtres, se cachent dans des caisses de munitions...
Nous rencontrons les poissons-camions au détour d’une
coursive. Toujours aussi énormes... Toujours aussi bizarres,
avec cette bosse sur le front... Nous les suivons. Ils nous
emmènent vers l’arrière du navire, jusqu’aux hélices. Puis
ils font demi-tour et nous conduisent à la cabine du capitaine, où nous mettons la main sur le coffre : il contient un
fabuleux trésor de deux dollars canadiens et d’une livre
sterling.
Frédéric Dumas, avec le « nez » qui le caractérise, localise
sur le roof la plaque de bronze, tapissée de concrétions, où le
constructeur a inscrit sa raison sociale. Il la gratte du bout de
son poignard. Nous réussissons à lire : « Joseph L. Thompson
& Son Ltd. », ainsi que les mots « North Sonds n° 599 » et
« 1940 — Sunderland ».
De retour à Marseille, nous effectuerons des recherches aux
archives de la Marine. Nous identifierons l’épave. C’est celle
du cargo de guerre britannique S.S. Thistlegorm, jaugeant dix
mille tonneaux, chargé de camions, de locomotives, de pièces
d’avions, de motocyclettes, de bombes, de mines, de torpilles
165
