CAPITAINE DE LA CALYPSO
gnés d’un petit en-cas ! Mais, certains jours, il nous évite. Si
nous insistons, il manifeste son énervement en donnant des
coups de queue dans l’eau. Lorsqu’une grosse colère le saisit, il
produit des bruits de détonation en ouvrant spasmodiquement
la bouche. S’il estime que nous passons les bornes, il se fait
respecter physiquement : il fonce la tête la première dans nos
objectifs de photographie ou de cinéma. Un mérou de cette
taille n’a peur de rien, pas même d’un requin...
Les crises ne durent guère. Un moment plus tard, Jojo
redevient le sympathique animal aquatique que nous aimons
— accommodant, curieux, cabotin devant les caméras. Frédéric Dumas affirme que ce mérou-là est plus affectueux qu’un
chien.
Un jour, Jojo arrache de la main de Frédéric Dumas le sac
de toile qui contient la viande — et le gobe ! Mal lui en prend.
Le lendemain, il ne sort pas de sa tanière de corail. Nous lui
rendons visite : il se tient immobile, le ventre sur le sable ; ses
ouïes palpitent de façon irrégulière. Il est malade. Vingtquatre heures plus tard, il va plus mal encore. Le surlendemain, nous pensons qu’il va mourir. Le toubib, qui plonge
avec nous, diagnostique une probable occlusion intestinale, et
envisage l’opération...
Le quatrième jour, Jojo n’est plus dans sa maison. Nous le
cherchons fébrilement. Je suis persuadé qu’il est allé mourir
quelque part sur le récif quand, tout à coup, je me sens tiré en
arrière par une palme... Je me retourne... C’est Jojo, plus
frétillant que jamais, apparemment en pleine forme, qui
réclame sa viande quotidienne !
Rétabli, le mérou ne tire aucune leçon de ce qui vient de lui
arriver. Il se donne une deuxième indigestion. Il avale un
barracuda entier. Comme ça : gloup!... Mais il a l’estomac
trop court pour contenir la totalité de sa proie, dont la queue
dépasse de sa bouche pendant deux jours. Bloqué dans son
logis, incapable de bouger une nageoire, Jojo cuve... Nous
lançons les paris entre nous : combien de temps mettront les
sucs digestifs à réduire l’encombrant repas? Le troisième jour,
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gnés d’un petit en-cas ! Mais, certains jours, il nous évite. Si
nous insistons, il manifeste son énervement en donnant des
coups de queue dans l’eau. Lorsqu’une grosse colère le saisit, il
produit des bruits de détonation en ouvrant spasmodiquement
la bouche. S’il estime que nous passons les bornes, il se fait
respecter physiquement : il fonce la tête la première dans nos
objectifs de photographie ou de cinéma. Un mérou de cette
taille n’a peur de rien, pas même d’un requin...
Les crises ne durent guère. Un moment plus tard, Jojo
redevient le sympathique animal aquatique que nous aimons
— accommodant, curieux, cabotin devant les caméras. Frédéric Dumas affirme que ce mérou-là est plus affectueux qu’un
chien.
Un jour, Jojo arrache de la main de Frédéric Dumas le sac
de toile qui contient la viande — et le gobe ! Mal lui en prend.
Le lendemain, il ne sort pas de sa tanière de corail. Nous lui
rendons visite : il se tient immobile, le ventre sur le sable ; ses
ouïes palpitent de façon irrégulière. Il est malade. Vingtquatre heures plus tard, il va plus mal encore. Le surlendemain, nous pensons qu’il va mourir. Le toubib, qui plonge
avec nous, diagnostique une probable occlusion intestinale, et
envisage l’opération...
Le quatrième jour, Jojo n’est plus dans sa maison. Nous le
cherchons fébrilement. Je suis persuadé qu’il est allé mourir
quelque part sur le récif quand, tout à coup, je me sens tiré en
arrière par une palme... Je me retourne... C’est Jojo, plus
frétillant que jamais, apparemment en pleine forme, qui
réclame sa viande quotidienne !
Rétabli, le mérou ne tire aucune leçon de ce qui vient de lui
arriver. Il se donne une deuxième indigestion. Il avale un
barracuda entier. Comme ça : gloup!... Mais il a l’estomac
trop court pour contenir la totalité de sa proie, dont la queue
dépasse de sa bouche pendant deux jours. Bloqué dans son
logis, incapable de bouger une nageoire, Jojo cuve... Nous
lançons les paris entre nous : combien de temps mettront les
sucs digestifs à réduire l’encombrant repas? Le troisième jour,
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