LES TORTUES D’ ALDABRA
sur cet épisode de nos aventures. Avons-nous bien fait de
révéler au monde l’existence de ce trésor d’énergie fossile ?
« De toute façon, conclut Frédéric Dumas, le plus fataliste
de nous tous, si nous n’avions pas trouvé le pétrole du Golfe,
d’autres l’auraient fait à notre place.
— C’est vrai, reconnaît Cousteau. Mais songez que, si
j’avais seulement demandé un cent par baril extrait, je
n’aurais plus jamais de ma vie connu le moindre problème
pour financer les campagnes de la Calypso ! »
Le 16 mars est une mauvaise journée pour moi. Tandis que
je donne des leçons de plongée à mon nouvel ami, Maurice
Léandri, qui nous a rejoints pour cette expédition, j’aperçois
un banc de superbes liches — ou sérioles. Ces poissons de plus
de un mètre de longueur, qui ressemblent à des thons (bien
qu’ils n’appartiennent pas à la famille des thunnidés, mais à
celle des carangidés), sont délicieux. Le cuistot ne serait pas
contre le fait que j’en pêche un pour notre repas du soir. Je
réussis à en harponner un en plongée. L’animal se débat. Je
veux abréger ses souffrances : je lui donne un coup de
poignard dans la tête. Hélas! La lame glisse et m’entaille
jusqu’à l’os le petit doigt de la main gauche. Le seul doigt que
j’avais encore intact à ma pauvre main gauche, après mon
accident de déminage...
Le sang pisse. Les requins, qui traînaient dans les parages,
pointent leur nez : je bondis dans le youyou. A bord de la
Calypso, le docteur me recoud comme il peut. A vif... Je
manque tomber dans les pommes, mais ce qui me désole le
plus, c’est que mon tendon a été sectionné. Pas de chance !
Pendant plusieurs jours, avec mon énorme pansement, je ne
puis plus plonger. J’erre dans les coursives comme une âme en
peine. Sitôt que la cicatrice est à peu près fermée, devenu
totalement sourd aux recommandations du toubib, je retourne
au fond avec mes amis...
L’une des richesses du Golfe, qui a fait la fortune des émirs
d’Abou Dhabi, de Qatar ou de Bahreïn bien avant le pétrole,
c’est l’huître perlière. Sur certains fonds où nous prélevons nos
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sur cet épisode de nos aventures. Avons-nous bien fait de
révéler au monde l’existence de ce trésor d’énergie fossile ?
« De toute façon, conclut Frédéric Dumas, le plus fataliste
de nous tous, si nous n’avions pas trouvé le pétrole du Golfe,
d’autres l’auraient fait à notre place.
— C’est vrai, reconnaît Cousteau. Mais songez que, si
j’avais seulement demandé un cent par baril extrait, je
n’aurais plus jamais de ma vie connu le moindre problème
pour financer les campagnes de la Calypso ! »
Le 16 mars est une mauvaise journée pour moi. Tandis que
je donne des leçons de plongée à mon nouvel ami, Maurice
Léandri, qui nous a rejoints pour cette expédition, j’aperçois
un banc de superbes liches — ou sérioles. Ces poissons de plus
de un mètre de longueur, qui ressemblent à des thons (bien
qu’ils n’appartiennent pas à la famille des thunnidés, mais à
celle des carangidés), sont délicieux. Le cuistot ne serait pas
contre le fait que j’en pêche un pour notre repas du soir. Je
réussis à en harponner un en plongée. L’animal se débat. Je
veux abréger ses souffrances : je lui donne un coup de
poignard dans la tête. Hélas! La lame glisse et m’entaille
jusqu’à l’os le petit doigt de la main gauche. Le seul doigt que
j’avais encore intact à ma pauvre main gauche, après mon
accident de déminage...
Le sang pisse. Les requins, qui traînaient dans les parages,
pointent leur nez : je bondis dans le youyou. A bord de la
Calypso, le docteur me recoud comme il peut. A vif... Je
manque tomber dans les pommes, mais ce qui me désole le
plus, c’est que mon tendon a été sectionné. Pas de chance !
Pendant plusieurs jours, avec mon énorme pansement, je ne
puis plus plonger. J’erre dans les coursives comme une âme en
peine. Sitôt que la cicatrice est à peu près fermée, devenu
totalement sourd aux recommandations du toubib, je retourne
au fond avec mes amis...
L’une des richesses du Golfe, qui a fait la fortune des émirs
d’Abou Dhabi, de Qatar ou de Bahreïn bien avant le pétrole,
c’est l’huître perlière. Sur certains fonds où nous prélevons nos
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